La formation

La formation des cadres dans le scoutisme :

À partir des années 20, une approche de la formation des cadres dans le scoutisme a été mise en place à partir d’expériences et de quelques principes :

-   les compétences des animateurs doivent être adaptées aux âges des enfants dont ils s’occupent : la formation se fera donc suivant les tranches d’âge, dénommées « branches » (louveteaux, éclaireurs, aînés)

-   le transfert de connaissances nécessaires se fera à l’occasion des activités, c’est-à-dire d’une manière très concrète, par l’organisation de « camps-écoles », où chacun participe à un « camp » et y apprend…

-   un second degré permettra, à ceux qui le souhaitent, d’approfondir ses connaissances, en particulier au niveau des principes et de la philosophie du scoutisme.

La formation sera donc apportée :

-   par les camps-écoles ainsi organisés par branches,

-   par les activités tout au long de l’année,

-   par les publications qui en rendent compte : revues, fiches, manuels…

Cette définition permettra, essentiellement, un enrichissement permanent, chacun faisant connaître ses expériences aux autres, de tous les moyens d’animation : jeux, techniques de camp, chants… Les responsables ne sont pas spécialisés, ils sont capables de faire appel à tous ces moyens en fonction des besoins.

Les « diplômes » traduisant cette formation étaient, à l’origine, émis par l’association elle-même, sans contrôle ou validation par les autorités. Par la suite, et avec le développement des activités de loisirs engageant la responsabilité des organisateurs vis-à-vis des parents et des pouvoirs publics, ces diplômes vont devenir officiels, sous plusieurs formes.

 

Et pour le groupe de l’Institut ?

La définition initiale restait valable pour notre groupe, mais il est, très rapidement, apparu important de consti­tuer des équipes d'encadrement spécifiques, adaptées à l'animation des sourds – et constituées, pour une bonne part, de sourds issus des activités de l'association ou intéressés par elles. S'est alors ouverte une autre étape de réflexion et d'action sur la façon de répondre à ce besoin.

Aucune association spécialisée dans la formation des cadres ne recevait de défi­cients auditifs à cause des problèmes évidents d'adaptation de la com­munication… Nous avons donc décidé de proposer, dans le cadre de notre association, des stages de formation destinés aux cadres de nos séjours. Cette action supposait que nous puissions délivrer un diplôme officiel – alors dénommé « diplôme d'animateur de centre de vacances » – et nous avons dû solliciter un agrément spécial qui nous a été accordé au plan national : nous avons donc été les premiers à délivrer à des déficients auditifs un diplôme officiel leur permettant d'encadrer des centres de vacances, et, par la suite, de les diriger.

 

 

Le premier stage après homologation

Un dossier ayant pour thème « Les organisations de loisirs pour jeunes déficients auditifs », extrait du Bulletin d’information de la Société Centrale, présente le premier stage de formation d’animateurs organisé par l’association Loisirs Éducatifs après agrément par Monsieur Ricordeau pour « l’obtention du livret d’aptitude à l’encadrement de centres de vacances collectives d’adolescents ». Les pages suivantes reproduisent cet article qui fait le tour de cette réalisation : les participants, les activités, les projets… Ce document met en évidence, en particulier, la coopération en place avec l’association Epheta, également présentée dans un numéro du bulletin.

 

Les suites…

Ce stage « inaugural » va être le premier d’une longue série qui n’est toujours pas arrêtée : au total, c’est plus de mille diplômés du B.A.F.A. qui passeront par nos stages (en fait, presque 1200). Et, comme toujours, notre action connaîtra une réelle évolution sans perdre de vue l’objectif annoncé au départ : permettre aux jeunes sourds d’exercer « officiellement » les fonctions d’animateurs de centres de vacances. Il est en effet important de rappeler ici que les diplômes du B.A.F .A. et du B.A.F.D. sont communs à tous, que celui que nous délivrons, par délégation de l’État, n’a rien de spécifique aux sourds : pour être plus précis, tous nos diplômés peuvent participer à l’encadrement de tous les centres de vacances et de loisirs !

L’évolution en question mérite d’être un peu commentée…

L’agrément initial va être conservé à l’association L.E.J.S. jusqu’à l’institution du B.A.F.A. (brevet d’aptitude aux fonctions d’animateur) par décret du 8 févier 1973 émanant du Secrétariat d’État chargé de la Jeunesse et des Loisirs. Le même décret institue un B.A.F.D. (brevet d’aptitude aux fonctions de directeur). Seules quelques grandes associations ou fédérations sont habilitées à organiser les stages dont les diplômes deviennent des diplômes d’État. Dans le cadre de ce regroupement, la demande d’agrément de Loisirs Éducatifs est refusée, les E.E.D.F., agréés, assureront désormais la responsabilité de nos stages.

La plaquette de présentation éditée par les E.E.D.F. précise :

« Pour commencer la formation BAFA, il faut être âgé d’au moins 17 ans. Le BAFA comprend trois étapes qu’il faut effectuer dans l’ordre :

-   une session de formation générale (8 jours)

-   un stage pratique (14 jours au moins) en situation d’animateur en accueil de mineurs : camp de scoutisme, accueil de vacances (avec hébergement) ou accueil de loisirs (sans hébergement),

-   une session d’approfondissement (6 jours ou plus) ou de qualification (8 jours). »

Et, pour le B.A.F.D.,

« Accessible à partir de 21 ans pour les titulaires du BAFA (ou après obtention d’une dérogation auprès des services de la Jeunesse et des Sports), il comprend quatre étapes devant être effectuées dans l’ordre suivant :

-   session de formation générale (9 jours),

-   premier stage pratique en situation de directeur ou d’adjoint (14 jours au moins) donnant lieu à un compte rendu écrit,

-   stage de perfectionnement de 6 jours,

-   deuxième stage pratique (14 jours au moins).

Un bilan de la formation doit être rédigé à l’issue de la formation ».

Les programmes de stages mettent en évidence une évolution au cours du temps, aussi bien en ce qui concerne la règlementation générale que l’adaptation de nos stages, suivant ou devançant ce qu’il se passait dans l’espace scolaire, en particulier dans le domaine des moyens de communication.

Sur le plan général, la formation de responsables « éclaireurs » en charge de « camps fixes type scout » va se transformer en formation d’animateur de colonies de vacances.

Sur le plan particulier de nos stages, la priorité va être, progressivement, donnée à la langue des signes, au risque de les réserver à ceux qui la pratiquent, sourds ou autres, avec un risque de perte de notre volonté de « coéducation ».  

À titre d’exemples, nous présentons en pages suivantes les programmes de trois sessions, en 1974, en 1990 et en 2000.

 

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Le stage de perfectionnement qui, les premières années, avait pour but d’approfondir les connaissances du stagiaire en ce qui concerne les problèmes liés à la surdité, est devenu, à partir de 1992, spécialisé par thèmes tels que les jeux, les contes et histoires, les feux de camp, l’organisation d’un centre en camping fixe et/ou itinérant, etc.

 

Exemple : le stage d’approfondissement de 1992 à Anost :

 

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Des directeurs sourds

Une fois franchie la première étape, celle de la formation d’animateurs sourds diplômés comme tous les autres, il en reste une dernière à franchir : mettre en place des directeurs (et directrices) tout aussi diplômés, ce qui suppose leur participation à des stages se préoccupant de répondre à leur problème de communication.

À côté du B.A.F.A. pour la formation d’animateurs, l’État a mis en place le B.A.F.D., brevet d’aptitude à la fonction de directeur. C’est Brigitte Vazquez qui va, en 1979, inaugurer cette nouvelle étape, comme le raconte la Voix du Sourd, organe de la Confédération Nationale des Sourds de France, qui lui accorde la couverture de son numéro de décembre 1982 :  

 

 

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L’article est intéressant car il situe très bien l’évolution de Brigitte et son rôle dans les séjours au Fieux : 

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À ce jour, une douzaine de nos membres ont pu obtenir ce difficile diplôme. Nous n’avons pas créé de stages spéciaux pour la formation de directeurs sourds, ce sont les E.E.D.F. et les CEMEA qui les ont accueillis, avec l’aide d’interprètes, eux-mêmes engagés dans l’animation des séjours.

Sans l’aide de la Société Centrale et d’amis donateurs, cela n’aurait pas été possible financièrement, les stages, et surtout ceux du B.A.F.D., étant spécialement onéreux.