Le centre de recontres du Fieux

près Saint-Goussaud (Creuse)

Le besoin d’une structure d’accueil :

Les temps – déjà – ont changé : alors que, quelques années plus tôt, les « camps fixes type scout » bénéficiaient d'une excellente compréhension des services de la Jeunesse, les nouvelles dispositions administratives mettent en évidence des exigences de prévention qui rendent, petit à petit, nécessaire la mise en place de structures d'accueil « en dur ». Le choix se situe alors entre deux solutions :

-  - l'hébergement dans des structures existantes, gérées par leurs propriétaires, dans le cadre d'une location ponctuelle,

-  - l'aménagement d'une structure fixe, nous appartenant, équipée en fonction de nos activités propres.

Ces deux solutions ont leurs avantages et leurs inconvénients, donc leurs parti­sans et leurs détracteurs. La solution mise en place par la suite a d'ailleurs été une combinaison des deux. Mais, en 1963, il a paru intéres­sant de choisir la première et ce projet a été mené à bien, avec l'aide de la Société Centrale.

Une fois de plus, il fallait éviter de renoncer à nos principes – la nature, la liberté, le jeu devaient rester nos moyens d'animation essentiels. Ce qui semblait d'au­tant plus utile que les enfants, souvent internes dans des écoles et instituts, tire­raient bénéfice d'un lieu d'accueil qui ne ressemble pas trop à leur lieu de vie habituel. Et qui a conduit à s'orienter vers la recherche d'un bâtiment « tout construit »… et au choix du Fieux.

 

Le choix du lieu : le centre de recontres du Fieux près Saint-Goussaud :

Munie d'une délégation en bonne et due forme, une petite équipe s'est char­gée de rechercher – et de trouver – ce lieu rêvé. Après quelques tâtonne­ments préalables, le choix s'est porté sur le Massif Central. C’est ainsi que nous avons jeté notre dévolu sur une ferme abandonnée (la porte était ouverte) dans un hameau, Le Fieux, proche du village de Saint-Goussaud dans la partie orien­tale de la Creuse, vers le Limousin. Étape racontée un peu plus loin.

À l’origine, le centre se présente sous la forme d’une grande ferme… abandonnée. Un puits l’alimente en eau en quantité suffisante pour les besoins d’une ferme, certainement pas pour une « colonie de vacances ». Aucune liaison téléphonique n’existe ou n’est possible, seul un poste « public » existe à l’entrée du hameau, nécessitant une présence pas toujours assurée comme le raconte une anecdote. Le terrain de camp est d’accès difficile. Les deux premières années, l’ensemble fonctionnera de façon très… rustique, avec un effectif limité, et des solutions adaptées, par exemple pour la toilette au ruisseau voisin. Quelques équipes bénévoles, de jeunes et d’adultes (souvent accompagnés de leurs enfants), consacreront une partie de leurs vacances aux aménagements nécessaires, sous la houlette éclairée de M. de Coulhac-Mazérieux, ancien élève de l’Institut et architecte. Un champ, à proximité des bâtiments, recevra un ensemble de grandes tentes pour le couchage des louveteaux, les éclaireurs étant, eux, accueillis sur le terrain de camp de la Combe aux Taures à un kilomètre du hameau.

Certaines de ces étapes laissent en mémoire quelques anecdotes racontées plus loin.

Compte tenu de ces aides précieuses et du principe de bénévolat accepté par l'encadrement, il a été possible de conserver des prix de séjours acceptables par les familles, même si l'effectif d'encadrement est resté important pour répondre aux besoins de communication des jeunes. La part destinée à couvrir les amortissements, c'est-à-dire à financer les amé­nagements, est res­tée faible. On peut considérer qu'elle a été consacrée à renouveler les équi­pements au fur et à mesure des besoins, sans contri­buer beaucoup aux gros travaux. Ce choix a été maintenu même lorsque les problèmes « sociaux » se sont avérés de plus en plus préoccupants.

La « découverte » du Fieux

La décision de se trouver un lieu d’activités étant prise, allait commencer une campagne de recherche de solutions. Au cours des camps des années précédentes, les responsables s’étaient fait une idée assez précise de ce qu’ils souhaitaient ; en particulier, le dernier camp Louveteaux, à Ranchal, pouvait être pris comme exemple : des locaux d’accueil, des services, des terrains de jeux, des voisins compréhensifs… La préoccupation concernait surtout la branche « Louveteaux » – 8 à 12 ans – car il était en général plus facile de trouver des terrains de camp pour les éclaireurs et les aînés, plus âgés et aux installations plus sommaires.

Les critères étaient donc faciles à établir, mais encore fallait-il mener la recherche… Elle a été lancée par l’intermédiaire de Routes Nouvelles, la revue des responsables E.D.F., et un lecteur limousin nous a signalé que, dans sa région, M. Marcel Audy, sénateur-maire de Meymac en Corrèze, avait signalé à l’association diverses possibilités sur sa commune, en particulier des écoles désaffectées qui semblaient pouvoir accueillir des activités d’été.

C’est ainsi que, par un beau samedi du printemps de 1963, une petite équipe, composée de Catherine et Yvon Bastide pour le groupe E.E.D.F. et L.E.J.S., René Duphil, responsable national E.E.D.F. et Jean-Paul Haim, responsable régional branche Louveteaux, ont pris rendez-vous à Meymac avec Monsieur le Maire pour visiter divers lieux. Accueil très sympathique dans une région tout aussi sympathique, à proximité du plateau de Millevaches… L’environnement est accueillant, mais les locaux qui nous sont proposés ressemblent beaucoup à des locaux scolaires et ne sont pas très enthousiasmants car ils rappellent un peu trop le lieu de vie des jeunes en cours d’année… Devant cette réticence apparemment très visible, Monsieur Audy nous propose d’aller voir également un endroit lui appartenant, en l’occurrence un ancien moulin, mais l’adaptation à nos objectifs semble bien difficile. Et finalement, pris par un Comice agricole, il nous suggère de nous arrêter sur le chemin du retour dans une autre propriété agricole dont il est en train de faire l’acquisition dans la Creuse, pas très loin de la Nationale 20. Et c’est sur ce trajet de retour que l’équipe va découvrir le hameau du Fieux et la ferme en question…

Une ferme bien sûr, mais abandonnée. Un voisin permet d’en visiter les locaux, qui semblent avoir été désertés brutalement, avec des traces d’une vie récente : quelques outils, dont certains en cours de préparation, quelques vêtements de travail, une réserve de bois de chauffage… Une description rapide pour ceux qui ne connaîtraient pas :

-  - un long corps de ferme, alignant la maison à étage et grenier, une triple étable, une grande grange, ainsi que des annexes en barre de L,

-  - une maison indépendante, à usage initial de porcherie, offrant quatre pièces et équipée d'un four à pain,

-  - un demi-hectare de terrain autour des bâtiments, dont un verger en pente et un pré,

- un terrain boisé de deux hectares, à un kilomètre environ, au bout d'un chemin « romain » pavé de granit : lieu dit « La Combe aux Taures », nom ô combien évocateur… :

Le site est présenté en 1965 par le « Bulletin d’information » de la Société Centrale, avec un plan des locaux du centre :

 

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Seule l’expérience acquise au cours des activités passées permet aux premiers visiteurs d’imaginer ce que pourraient devenir ces lieux un tantinet magiques :

-   les services : cuisine, intendance, encadrement, infirmerie dans la maison,

-   les réserves et les salles à manger dans… la bergerie et l’étable,

-   une salle d'activités, de jeux et de veillées dans la grande grange,

-   une zone « couchage » pour les Louveteaux, dans le pré voisin,

-   une zone « eau » (douches, lavabos, buanderie) dans l'annexe,

-   des salles de petites activités dans la porcherie,

-   un terrain de camp et de promenade à la Combe aux Taures.

Prévisions d'autant plus théoriques que n'existe pas le premier Franc… Mais on a pu constater, trente ans après, que ce programme a été, fina­lement, à peu près réalisé !

Finalement ces premiers visiteurs sont conquis et vont proposer ce choix aux deux associations… Reste juste un (petit) problème à régler : le prix. Vingt mille Francs. Pas cher, mais à trouver… Et ce sera le début d’une série de week-ends de préparation de dossiers de demandes de subventions, mais ceci est une autre histoire !

Premiers contacts…

Une ferme abandonnée… à transformer

L’imagination ne suffit pas, il faut faire preuve de réalisme autant que de débrouillardise pour avancer vers la réalisation du projet « final ». Les deux premières années seront marquées par, à la fois, beaucoup de bonne volonté, de naïveté, de créativité aussi… Quelques photos témoignent de l’état des lieux et des activités correspondantes. À noter que le poirier tombé au sol devant la porte de la grange est, après examen de sa situation et discussion, redressé et fixé au mur – et il donnera, par la suite, des fruits excellents car d’un autre siècle ! À noter également le « curage » du puits de la maison, avec l’aide du voisin… et d’une grande échelle héritée des fermiers précédents.

 

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Notre action se situe à deux niveaux :

- d’une part, sur place, il faut nettoyer, dégager, organiser, meubler, débroussailler…

- d’autre part, à Paris et en Creuse, il faut construire et déposer des dossiers de demandes de subventions ou de permis de construire.

Les deux sont menés de pair, et il est d’ailleurs évident que la qualité du camp scout organisé sur place dès l’été 1964 influencera très positivement les services de la Jeunesse et des Sports par la suite. Un premier compte-rendu, publié par le Bulletin d’Information de la Société Centrale, en rend compte :

« Où en est le centre de vacances du Fieux ?

 Après la première phase “ active ” de cet été 1964, pendant lequel les travaux indispensables ont été réalisés et qui a vu l’organisation d’une période d’essai groupant une soixantaine d’enfants pendant vingt jours, nous en sommes à la phase “ administrative ” qui, nous l’espérons, préparera la suite…

Dès la rentrée, nous avons reçu une lettre très aimable des services de la Jeunesse et des Sports de la Creuse nous indiquant qu’il serait éventuellement possible de nous subventionner dès 1964 et nous demandant un dossier en conséquence. Bien évidemment, le rapport favorable de l’inspecteur reçu cet été a joué un rôle dans cette décision très encourageante.

Nous avons, d’autre part, déposé cinq dossiers de demandes de subventions ou de prêt : Caisse d’Allocations Familiales, Sécurité Sociale, Caisse d’Épargne de Paris, Banque de France, Caisse des Dépôts et Consignations. Nous avons reçu des réponses favorables ou des demandes d’informations complémentaires, qui nous permettent d’espérer de bons résultats dans les premiers mois de la nouvelle année. (…)

Les recherches de subventions, si elles n’ont pas encore complètement abouti, se présentent donc sous un jour optimiste. Par contre, nous avons eu plus de difficulté à obtenir le permis de construire pour les travaux d’hygiène envisagés. Après constitution de nombreux dossiers, plans, inventaires, compléments d’information, nous avons finalement obtenu de permis la semaine dernière, ce qui nous permettra de commencer les travaux dès dégagement des crédits, sans attendre le dernier moment avant l’ouverture du centre.

L’objectif que nous nous sommes fixé – pleine efficacité par l’organisation de deux périodes complètes – sera donc, en partie, atteint en 1965. Il est toutefois lié à l’adduction d’eau, prévue mais non commencée. Nous avons pris contact à ce sujet avec la Préfecture de la Creuse, pour lui signaler notre existence et notre besoin.

Dans l’état actuel du projet, il ne semble pas que les prévisions de départ puissent être dépassées, nous pouvons espérer que les problèmes de trésorerie, transitoires puisque nous devons avancer le montant des travaux pour être subventionnés, seront résolus par les différentes solutions envisagées. Il nous est aujourd’hui permis d’être optimistes. »  

 Le premier résultat est visible dès 1965... Les abords sont dégagés, la maison est accessible, quelques tables et bancs apparaissent, le champ des tentes commence à exister. Certes, les enfants vont toujours faire leur toilette à la rivière mais ils s’y amusent bien…

 

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Dans l’intervalle, nous restons en excellentes relations avec le sénateur Audy, l’achat n’ayant pas encore été réalisé. De nombreux échanges de courrier en attestent… aussi bien en ce qui concerne nos autorisations d’activités sur le site que quelques conseils utiles de la part d’une personnalité régionale :

 

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Les voisins

Nous nous trouvons « en Creuse », dans un hameau qui ne s’attendait pas trop à voir arriver une « colonie de vacances » et nous avons quelques appréhensions au sujet de l’accueil qui va nous être réservé… Autant dire que, au cours des premiers contacts, nous allons essayer de nous faire apprécier de nos futurs voisins. Ce sera chose relativement facile…

Les tout premiers sont les plus concernés, leur ferme étant mitoyenne des bâtiments du centre : par suite de partages successifs, les nôtres se trouvent même un peu enclavés. Au moment de notre installation, la ferme est habitée par un couple de retraités, Monsieur et Madame Noël. Monsieur est un ancien tailleur de pierres qui, comme beaucoup d’artisans creusois, est souvent allé travailler sur les monuments parisiens. Bien entendu, il sera rapidement qualifié de « Père Noël ». Leur fille et son mari, Monsieur Lafrançaise, cheminot résistant, accompagneront, tout au long des années suivantes, nos activités avec beaucoup de compréhension, et le relais sera assuré ensuite par leur petite-fille, directrice d’école dans les environs, avec son mari, Monsieur Dignac. On retrouve Monsieur Lafrançaise en plein travail avec garçons et filles sur quelques photos prises sur place par un photographe officiel du Mouvement venu chercher des illustrations pour le calendrier national.

 

 

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Quelques années après, l’association des anciens élèves de l’I.N.J.S. a décidé d’attribuer à Madame et Monsieur Dignac la médaille de reconnaissance de l’abbé de l’Épée. Nos associations se sont associées à cette décision en leur attribuant également un « diplôme de fidélité » :

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Extrait du « discours » prononcé à cette occasion :

« Michèle et Bernard Dignac, vous avez donc représenté la troisième génération d’accueil au Fieux de nos jeunes sourds, et vous avez fait preuve de la même compréhension et du même partage que vos parents et grands-parents, jusqu’à la fin de cette aventure qui, sans l’aide de votre famille, aurait été beaucoup plus difficile. Nous avons partagé beaucoup de souvenirs, et nous souhaitons que cette médaille porte témoignage de notre amitié et de notre reconnaissance, ainsi que celle de tous ces jeunes – quelques dizaines de milliers – qui, grâce à vous, gardent du Fieux un extraordinaire souvenir. »

À proximité, une autre famille, les Boyer, dont le tracteur va nous être utile dans l’épisode suivant, la grand-mère jouant un rôle important que nous allons évoquer également. Un peu plus loin dans le hameau, les Lecardeur, le frère et la famille de Monsieur Lafrançaise. Les jeunes générations sont souvent parties à la ville, ce qui fait que le hameau a peu d’enfants d’âge scolaire sauf pendant les vacances. Quelques maisons sont déjà devenues des résidences secondaires, mais ce n’est pas le cas général : le hameau est habité et actif.

L’accès aux bâtiments du centre

L’accès aux bâtiments de la ferme, devenu centre de rencontres, doit être évidemment possible pour les véhicules, mais il est un peu gêné par l’existence d’un magnifique poulailler construit à la manière creusoise, c’est-à-dire en granit taillé, chaque pierre pesant une bonne dizaine de kilos, sinon plus. Ce sera une première occasion, dès le premier séjour en été 1964, de coopération avec les voisins : Monsieur Boyer accepte de mettre à notre disposition une remorque que nous devons remplir jusqu’à ce que les pneus montrent un certain affaissement, ce qui correspond à une charge d’environ une tonne…

Le « père Noël » met à notre disposition ses outils de tailleur de pierres, un ensemble de petits ciseaux qui nous semblent bien petits pour de si grosses pierres. Et c’est ainsi que nous remplissons onze fois – oui, onze fois – la remorque, que le propriétaire vient chercher avec son tracteur pour aller la décharger en haut du village sur un terrain disponible. (Si certains habitants sont à la recherche de pierres taillées, on peut leur indiquer l’endroit !).

Le téléphone

Dans les années 60, le téléphone est une denrée rare, un peu partout en France mais aussi, et peut-être surtout, dans un hameau lointain du Massif Central. Le seul équipement existant est un poste « public », logé dans une petite cabane sur le chemin d’accès, derrière la ferme. La clé en est confiée à la famille Boyer, dont la grand-mère reste sur place quand le couple est aux champs. C’est donc elle qui s’efforce de répondre quand sonne un appel…

Oui mais… l’expérience est restée dans toutes les mémoires. En ces temps reculés, il fallait passer par une opératrice qui, assez rapidement, indiquait : « Ca ne répond pas ! ». Il fallait alors lui expliquer : « Attendez, la grand-mère est en train de chercher la clé… Elle traverse le chemin… Elle essaye d’ouvrit la porte… » Et quelquefois : « Elle a du se tromper de clé, elle retourne chercher la bonne… » Et quelquefois même : « Elle a dû tomber en traversant… ». Succès assuré auprès de l’opératrice, surtout lorsque, finalement, la grand-mère en question finissait par décrocher et dire « Allo » avec son plus bel accent local… Le poste public en question permettait d’appeler – après être allé chercher la fameuse clé – à condition d’avoir des pièces de monnaie à introduire au fur et à mesure de la conversation.

Après quelques années, les services du téléphone (qui n’étaient pas encore « France Télécom » ni « Orange »), ont accepté de s’occuper de nous mais ont sollicité notre collaboration pour installer chez nous un relais pour le hameau : nous leur avons accordé un placard dans une des salles à matériel, et ils y ont installé, avec leur tableau, une ligne d’alimentation électrique. C’est ainsi que nous avons disposé, pendant les années suivantes, d’une prise qui nous aurait permis de ne pas payer l’électricité, mais notre honnêteté bien connue nous en a empêchés. Par contre, il a été difficile de s’en débarrasser lorsque France Télécom a vidé les lieux, car plus personne ne connaissait l’origine de cette installation…

 

La Combe aux Taures

À un petit kilomètre du hameau, notre terrain de camp « Éclaireurs » correspond tout à fait à l’idée que l’on peut se faire d’un terrain de camp pour éclaireurs… Une pente douce, boisée, sans sous-bois envahissant, pour accueillir les « coins de patrouille » et leurs installations ; en contrebas, une vaste clairière qui pourra recevoir les parties communes, intendance, tentes à matériel, coin cuisine pour les repas en commun et aussi… un emplacement de feu de camp. Heureux temps où il était encore possible d’organiser des veillées autour d’un feu !

 

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Au début, le boisement est un peu excessif, et nous donnons l’autorisation à un voisin de l’éclaircir quelque peu, mais le résultat ne nous convient pas trop car cet éclaircissement est un peu trop massif en certains endroits et pas assez en d’autres. Nous nous en chargerons donc nous-mêmes, au cours de quelques week-ends, en dégageant un certain nombre d’emplacements plats pour les coins de patrouilles, leurs « astuces » de camp – et, accessoirement, les « feuillées » qui seront, assez rapidement, remplacées par des W.C. chimiques, progrès oblige.

Un « sourcier » des environs nous ayant signalé que l’eau n’était pas très loin, nous faisons appel à lui pour localiser et creuser un puits qui, solidement recouvert d’une dalle en béton, permettra d’avoir sur place, à l’aide d’une pompe et d’une rampe équipée de robinets, toute l’eau nécessaire pour une toilette de camp. À noter que la qualité de l’eau en question est contrôlée par les services officiels et qu’elle n’a jamais posé de problèmes. Par contre, il s’avère nécessaire de « curer » le puits de temps en temps et c’est toujours l’occasion, avec la descente dans ses profondeurs (4 mètres), grâce à une échelle apportée du Fieux, d’une assez intense partie de rigolade.

L’ensemble a belle allure, et nous le complétons en faisant planter quelques résineux qui croîtront très vite : nous disposerons donc, après quelques années et des achats complémentaires, d’un magnifique terrain de camp de plusieurs hectares agrémenté d’une magnifique allée de pins !    

Les champignons

Pour une meilleure connaissance des lieux, nous prenons contact avec le garde forestier des environs, qui nous rejoint très aimablement, en particulier pour un cours très complet sur les champignons qui, dans cette région plutôt humide, poussent très nombreux en certaines périodes (provoquant une invasion de « Limougeots » plutôt mal vus des autochtones). Avec quelques suggestions du genre : « Les trompettes de la mort, il faut juste les passer sous l’eau, ne pas les couper en deux car, au milieu, il y a une limace et c’est ça qui donne le goût. » Par la suite, nous avons dégusté de nombreuses omelettes… aux girolles, pas aux limaces !

Les tee-shirts

Les « trousseaux » des participants risquant de souffrir un peu de la variété des activités, nous nous sommes procurés des « fins de séries » chez un fabricant troyen, 60 magnifiques tee-shirts rouge vif et 60 bleu roi. Autant dire que nos jeunes étaient repérables de loin. Jusqu’au jour où une responsable ayant jugé nécessaire d’habiller les filles en bleu et les garçons en rouge (ou inversement), la lessive suivante a donné à tous une couleur uniforme, dans les mauves, beaucoup moins seyante. Encore une erreur de jeunesse…

 Une première conclusion

Nous la trouvons dans le compte rendu de l’Assemblée Générale de 1966, sous la plume lyrique de Paul Le Menn, professeur à l’I.N.J.S. et secrétaire du Conseil d’administration de l’association, ancien E.D.F. ayant participé avec son collègue Gilbert Banet, au redémarrage des activités en 1947 :

 

03.02_6_AG66.jpgNous la trouvons également dans deux articles parus fin 1966 dans le Bulletin d’information : l’un, signé d’Yves Jeunesse, responsable du séjour d’été (et futur directeur de l’Institut de Strasbourg), en raconte l’organisation et le fonctionnement, l’autre, signé de Jean Chebanier, responsable Éclaireurs, est intitulé « Chez nous au Fieux » : moins de deux ans après sa création, le centre est adopté !

 

 

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Les aménagements du centre

Une programmation sur plusieurs années :

Achat, travaux, financement… Nous commençons une gamme de pré­occupations qui vont se prolonger sur quelques décennies. Ici encore, la Société Centrale a été d'un immense secours puisqu'elle a décidé immédiatement l'attribution d'une subvention annuelle de cinq mille Francs, permettant ainsi le démarrage des premiers travaux – et l'accueil d'un premier séjour dès 1964. Allaient suivre une série de programmes successifs d’aménagement.

Le bénévolat ne suffit pas pour l’adaptation de bâtiments agricoles à l’accueil de jeunes enfants, adaptation qui devait tenir compte des spécifications administratives officielles, le plus souvent construites sur des contraintes de sécurité. À noter que, au fil des années, ces spécifications sont devenues de plus en plus exigeantes… Notre centre de vacances n'aurait jamais pu vivre s'il n'avait trouvé place dans la politique Jeunesse de la collectivité nationale, et les programmes successifs d'aména­gements ont été subventionnés par plusieurs organismes :

-   la Jeunesse et les Sports (services départementaux de Paris et Creuse),

-   les Allocations Familiales (Caisse Nationale)

-   la Fondation de France,

et, plus ponctuellement, la Caisse d'Epargne et de Prévoyance de Paris.

La Société Centrale nous a accordé également, à plusieurs reprises, des avances de trésorerie car les subventions ne peuvent être reçues que sur présentation des factures acquittées. La Jeunesse au Plein Air de Paris nous a également accordé des prêts qui ont permis de réaliser les programmes de travaux en attendant le règlement des subventions.

À partir de 1964, les aménagements se succèderont :

-   aménagement d’un accès aux bâtiments de la ferme,

-   creusement des réseaux et des puits perdus,

-   révision des toitures et des infrastructures,

-   réfection de l’installation électrique générale,

-   création d’un chemin d’accès au terrain de camp et de plates-formes permettant l’installation de coins de patrouilles,

-   après arrivée de l’adduction d’eau dans le hameau, création d’une salle de bains dans la maison, d’une salle de douches et de toilettes à proximité des tentes,

-   installation du téléphone,

-   installation d’un transformateur pour l’alimentation en basse tension de l’éclairage des tentes,

-   mise en place d’une boucle magnétique dans l’ancienne grange, devenue lieu de rassemblements et de veillées, pour permettre l’usage des appareils auditifs des participants,

-   agrandissement du terrain de camp par achat d’un terrain proche. Quelques années après, le terrain aura même droit à un point d’adduction d’eau !

 

Les demandes de subventions :

Toutes ces étapes nécessiteront la préparation de dossiers de demandes de subventions qui occuperont les week-ends de quelques-uns d’entre nous. Dans tous les cas, il était nécessaire de :

- définir les travaux envisagés,

- obtenir les devis des entreprises en change de leur réalisation (ce qui n’était pas toujours évident, les artisans étant surtout habitués à travailler avec des particuliers, sans ce genre de complications : nous nous sommes souvent chargés nous-mêmes des métrages et des calculs, l’apport de l’intéressé se limitant à nous remettre ses tarifs, en toute confiance),

- rédiger en plusieurs exemplaires (à une époque où la photocopieuse n’existait pratiquement pas) les dossiers de présentation des projets,  et les présenter à nos interlocuteurs subventionneurs,

- obtenir assez rapidement des factures (même remarque que ci-dessus, ce n’était pas toujours facile…),

- assurer la trésorerie des règlements,

- transmettre les preuves de ces règlements aux organismes pour obtenir le versement de la subvention.

Au total, une dizaine de dossiers ont été déposés et ont reçu une suite favorable, qui a permis la transformation progressive de l’ensemble, transformation qui peut être constatée sur quelques photos présentées par les illustrations.

Nous avons renoncé à inventorier les dossiers de demande de subventions, mais les rapports financiers annuels, votés aux Assemblées Générales, mettent en évidence la continuité des programmes de travaux, avec des montants variables, assez importants dans les premières années puis stabilisés autour de 30 ou 40000 Francs à partir des années 80. Le rapport moral de 1974 évoque un « troisième programme » qui s’étalera sur trois ou quatre ans. En 2000, un projet d’aménagement de la « porcherie », bâtiment indépendant disposant d’une cheminée et d’une cave (dont l’accès est interdit), pour la transformer en salle de réunion et d’activités, est construit avec un montant de travaux de 200000 Francs qui n’a jamais été réalisé, apparemment par manque de subventions. Dans de nombreux cas, les travaux programmés annuellement ont pour but de répondre aux injonctions des commissions de sécurité… Qui méritent un petit commentaire.

 

Un cas particulier : les contraintes de « sécurité »

Il est bien évident que les contraintes visant à assurer la sécurité des participants sont importantes et il n’est pas question de les mettre en cause, mais les exigences correspondantes posent quelquefois problème car…
- certaines d’entre elles ne sont pas toujours compréhensibles ou ne semblent pas très justifiées,

- les « normes » à partir desquelles elles sont établies sont très souvent modifiées, ce qui aboutit à une situation absurde : peu de temps après la réalisation (et le financement, souvent avec l’aide de la collectivité nationale) de modifications demandées une année, il faut en prévoir d’autres.

Sur le premier point, un exemple qui nous a semblé significatif : pour la salle de douches, installée dans une annexe disposant d’un toit en tuiles, nous n’avons pas, à l’origine, prévu de plafond, ce qui évitait la condensation. Nous avons du en installer un, en amiante, matériau bien connu pour se protéger du feu (car il semble évident que, pour certains rédacteurs de règlements, une salle de douche risque dramatiquement l’incendie…) – matériau qu’il a fallu éliminer, quelques années après, à cause de sa nocivité (voir compte rendu de la Commission ad hoc). Nous nous permettons de penser que l’argent public que nous avons reçu pour exécuter ces ordres a été deux fois inutilement dépensé.

Sur le deuxième point, nous avons même fait appel au frère d’une responsable, inspecteur général au Ministère concerné, par un examen complet des lieux qui nous a permis de déposer un dossier complet de travaux de mise en conformité. Nous avons été tranquilles… pour deux ans en tout ! Les normes avaient changé, notre interlocuteur n’y pouvait rien…  

 

 

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Et le bénévolat pour les « petits travaux »

« Professionnels » – architectes, maçons, électriciens, plombiers, menuisiers – ont envahi les locaux, pas tellement pour les rendre plus beaux mais surtout pour les rendre plus adaptés à l’emploi envisagé, et souvent pour les rendre plus conformes aux règlements divers. Nous nous sommes trouvés, en quelque sorte, devant notre propre contradiction : installer dans les anciens locaux d’une ferme, qui n’étaient pas prévus pour ça, la vie et les activités d’un groupe de jeunes qui devaient y trouver un réel dépaysement : nous les sortons d’un internat en ville, nous n’allons pas les réinstaller dans un internat à la campagne ! Or les directives administratives ont un peu tendance à traiter de la même façon tous les « locaux recevant du public ». Nous avons donc du, quelquefois, défendre bec et ongles ce que nous considérions comme important pour le style que nous souhaitions : le grand portail de chêne de la grange, la grande échelle qui servait de rampe à l’étage de la salle à manger, les dalles de granit des sols (pour éviter de les garnir de plastique, nous avons fini par les peindre)… Au total, l’ensemble est resté, globalement, ce qu’il devait être – à notre avis !

Et, dans ce but, un ensemble de bénévoles ont fait, tout au long des années, tout ce qu’il était possible de faire, une fois passée la période de démarrage qui s’est étalée sur deux ans. À côté de l’accueil et de l’animation des séjours, ces équipes ont aidé à transformer et à améliorer les locaux, les accès, les terrains… Souvent en persuadant famille et amis de venir en Creuse participer à ce coup de main. Merci, en particulier, aux Hatte, Rio De Langhe, Castro… et à ceux que nous risquons d’oublier au passage ! À titre d’exemple, on trouvera en page suivante le compte rendu de la présidente de l’association, Gaëlle Le Cerf, pour les « petits travaux » de 2001 :

 

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Une étape mémorable : la tempête de 1999 

En 1999, la tempête qui a traversé le Massif Central n’a pas épargné les bâtiments et les plantations du centre. Plusieurs toits ont souffert, et de nombreux arbres ont du être tronçonnés et le grand tilleul qui dominait le terrain de jeux a été déraciné. Notre assureur, la MAIF, a bien assuré le relais mais nous y avons évidemment trouvé une occasion évidente de reprendre quelques chantiers… N’est-ce pas, Martine et Olivier Rio De Langhe ?

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Les suites : un reportage

 

Après deux ans…

Guy Bouchauveau, qui devait devenir par la suite président-fondateur de l’académie de la L.S.F., a réalisé quelques dessins à l’issue du séjour de 1966 :

 

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Après quatre ans :

Un reportage photographique de l’été 1970 permet de faire la connaissance des lieux et de quelques activités :

- vue générale du hameau : le centre se situe au premier niveau des bâtiments (toits rouges), le champ des tentes Louveteaux est visible sur la gauche (tentes bleues)

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- les bâtiments : dans le prolongement de la maison (dessin de G. Bouchauveau), l’entrée de la salle de restaurant (grand portail blanc) et de la grange salle de veillée (deuxième portail à gauche). Au fond, la buanderie et les douches 

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- la salle à manger sur deux niveaux : la séparation-protection a été réalisée pendant quelques années en utilisant une vieille échelle trouvée sur place. À la demande de la commission sécurité, celle-ci a été remplacée par une balustrade (fabriquée par notre ami, toujours bénévole, Tonio Castro). Lors de l’inspection suivante, la commission a trouvé que les intervalles entre les barreaux étaient trop importants.

 

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- le champ des tentes Louveteaux : un transformateur installé dans les bâtiments de service fournit du courant de bas voltage (6 Volts) à des plots à l’arrière de chaque grande tente

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Quelques photos illustrant des activités :

- Louveteaux : on remarquera les T-shirts rouges (à gauche) et bleus (à droite)… avant d’être mélangés :

Au premier plan de la promenade, le granit typique de la Creuse ! Un conseil Louveteaux en pleine nature : et une baignade en forme de barbotage :

 

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- au camp des éclaireuses, la cuisine dans un four intégré dans un mur…et les tentes en pleine nature :

 

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- à la Combe aux Taures, camp des éclaireurs, un coin de patrouille et une tente surélevée :

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Après neuf ans :

Le « Bulletin d’information » donne, en 1973, d’excellentes informations sur l’association et ses activités, mais aussi sur le Fieux. À noter un tableau résumant les frais engagés depuis la création du centre, pour environ 220000 Francs. Montant modeste certes, mais qui est à rapprocher des disponibilités initiales, évidemment nulles ! À noter également, à la fin de l’article, un premier inventaire des établissements et organismes en relations avec notre association :

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Les séjours au Fieux 

Du scoutisme à l’accueil « ouvert »

Avant 1964, les responsables E.D.F. ont assuré, à Paris et à Asnières, une dizaine de sorties ou réunions par trimestre pendant l’année scolaire, et les mêmes jeunes partaient camper pendant l’été. À partir du moment où le centre du Fieux a été créé, ils ont pris possession des lieux et des terrains. Ils y pratiquaient une pédagogie proche de celle des autres unités E.D.F. ; les camps étaient en « coéducation » sourds – entendants avec plus ou moins d’activités partagées. Tous avaient en commun la pratique de la vie scoute, son organisation, son esprit. Le « système des patrouilles » accordait une certaine autonomie aux petits groupes qui géraient leur vie courante, leurs installations, leur nourriture…

Dès 1964, les camps vont être ouverts à des jeunes sourds isolés, les entendants venant toujours avec leur unité et leurs responsables d’année. Les équipes d’encadrement seront également ouvertes aux éducateurs (arrivés à l’I.N.J.S. au début des années 60) dont certains, non scouts, vont proposer de nous aider bénévolement, étant heureux de rencontrer les jeunes sourds dans un contexte autre que scolaire. Petit à petit, les jeunes viendront de toute la France (et même de l’étranger), l’encadrement sourd et entendant aussi, de formation diverses mais ayant une meilleure connaissance du monde sourd. La communication entre sourds et entendants se fera de mieux en mieux, en suivant les progrès de l’enseignement de la langue des signes françaises ; Guy Bouchauveau, président de l’Académie de la L.S.F., a été un éclaireur fidèle pendant toute son enfance avant de devenir un responsable apprécié des adolescents.

Les relations avec les E.E.D.F. sont définies en 1970 par une « convention », approuvée par leur Comité Directeur, qui prévoit l’accueil de jeunes entendants pour assurer la « coéducation » définie à l’origine, en échange d’une petite participation financière (1,50 Francs par journée) – dont l’indexation est même définie en fonction du coût de la « tente 12 places ».

Par contre, la « technique » scoute va se perdre plus ou moins, même si la présence d’unités E.E.D.F. est toujours souhaitée : en 1977, une « fiche descriptive » présente les principaux éléments du centre aux utilisateurs E.E.D.F. intéressés par l’accueil de camps en coéducation avec les jeunes sourds.

Les activités du centre du Fieux garderont leur esprit d’origine : quelle que soit la météo, il y aura, pratiquement chaque année, dans ce petit coin de Creuse,

- les inaugurations des locaux et des installations,

- des concours sportifs genre « jeux olympiques »,

- des concours de cuisine, « trappeur » ou autre,

- des grands jeux dans les bois,

- la fête du village, en particulier le 14 juillet avec une retraite aux flambeaux,

- la kermesse,

- les feux de camp, alors autorisés,

- l’aide aux travaux agricoles…

toujours avec la participation des habitants du hameau et du village voisin.

Pour les éclaireurs, les activités intégreront toujours l’exploration en petits groupes, les « camps volants » permettant, en éloignant le groupe de sa base pendant quelques jours, de faire la connaissance des environs et de leurs habitants.

 

 

Souvenir de l’été 1972 et départ d’un jeu en 1973 :

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À la Combe aux Taures, cuisine et feu de camp :

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En 1977, un journal régional raconte notre camp :

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L’accueil d’autres activités

Peu de temps après sa création, le centre du Fieux a pu accueillir d’autres activités et, en particulier,

- des stages de formation des E.E.D.F. de la région parisienne et des stages « création » à recrutement national :

 

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- des classes vertes » de l’I.N.J.S. et de l’Institut départemental d’Asnières,

 

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- les « journées du patrimoine » de la région et des groupes de randonneurs à la découverte des marches du Limousin.

 

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La fin de l’aventure

L’aventure du Fieux a duré quarante ans. Quarante ans de rencontres, de séjours, de stages, d’accueil… mais aussi quarante ans de militantisme bénévole, de travaux entrepris et réalisés, de dossiers, de sollicitations, de réunions, de discussions… Quarante ans de vie, tout court.

Les chapitres précédents mettent en évidence les multiples évolutions qui ont marqué ce presque demi-siècle, en particulier dans le domaine de l’animation : à l’origine, accueil de jeunes sourds issus d’une seule institution, habitués en cours d’année à participer à des sorties et des petits camps, formés d’une manière homogène (sans utilisation officielle de la langue des signes), campant en été avec d’autres éclaireurs disposant des mêmes connaissances « techniques », encadrés par des responsables eux-mêmes formés de la même façon. Puis, progressivement, installation de la langue des signes, ouverture du recrutement, recherche d’activités variées. Il est évident que cette évolution a eu des conséquences pour les séjours au Fieux, enfants et responsables souhaitant aller ailleurs de temps en temps. Le Fieux, conçu à l’origine à partir de son A.D.N. scout, ne l’a pas perdu mais le nombre de journées organisées annuellement a commencé à baisser, au bénéfice de cette diversité.

Notre objectif initial était de 4000 journées par an – deux séjours de 21 jours pour une centaine de jeunes -, il est progressivement descendu aux environs de 2000. En particulier le terrain de la Combe aux Taures, magnifique lieu de camp « scout », a été progressivement déserté et est devenu un simple terrain de jeux et d’aventure.

Mais ce constat ne mettait pas en cause l’existence du centre, dans les conditions où il avait été conçu et présenté aux autorités qui avaient accepté de le financer. L’investissement était réalisé, les adaptations nécessaires effectuées à la lumière de l’expérience, le pari était gagné : le centre avait une existence et une renommée, il proposait régulièrement des activités considérées comme valables, et ses fidèles étaient nombreux – familles, enfants et responsables. Cet élément n’a donc pas été majeur pour arriver à la décision qu’il a finalement fallu prendre. S’y sont superposés deux autres constats sur lesquels, le temps ayant passé, il nous paraît possible de revenir.

Nos premiers interlocuteurs « officiels » connaissaient, parce qu’ils étaient eux-mêmes des militants de l’éducation populaire, ce que signifiait le choix du « camp fixe type scout » en termes d’organisation, de participation des jeunes, de débrouillardise, et, bien entendu, d’approximation. C’était un risque connu, calculé et accepté – et ces quarante années ont démontré combien ce choix était justifié puisque aucun – nous disons bien aucun – incident mettant en cause la sécurité individuelle ou collective n’est intervenu ! Sur un autre plan, notre choix était également d’apporter aux jeunes un changement réel d’ambiance par rapport à celle qu’ils connaissaient dans leur internat : c’est tout à fait délibérément que nous avons installé le centre dans une ferme, en adaptant les locaux aux besoins mais en leur conservant un style et une allure. La « maison » n’était utilisée que pour faire la cuisine, elle hébergeait également l’infirmerie et les chambres des auxiliaires. Le reste des activités se situait soit à l’extérieur, soit dans la grande grange équipée d’une boucle magnétique. Photos et films semblent bien prouver que tous s’y trouvaient heureux.

Il faut insister sur le fait que le Fieux a été, tout au long des premières années, une réalisation commune, proposée à des interlocuteurs qui en connaissaient le principe et, lorsque c’était nécessaire, nous aidaient à financer les adaptations nécessaires. Les inspections, pratiquement annuelles, s’intéressaient à l’animation et étaient, le plus souvent, très positives. Nous leur en sommes reconnaissants car nous avons été heureux de mener à bien notre projet dans le cadre d’une véritable « délégation de service public » : nous avons apporté à la collectivité nationale, en échange de son aide, la motivation de nos équipes, leur bénévolat et leur militantisme au service des jeunes.

Progressivement, les relations ont changé. La préoccupation des nos « inspecteurs » a évolué, de l’évaluation de l’animation à celle de l’application de textes administratifs dont on peut se demander dans quel but et de quelle manière ils ont été élaborés. C’est le principe même de notre réalisation qui était en cause, lorsqu’une inspectrice nous affirme péremptoirement : « camp fixe type scout, je ne connais pas. Vous êtes un E.R.P.  (établissement recevant du public), donc les textes sur les E.R.P. s’appliquent ». Inutile d’essayer de lui expliquer que la maison ne recevait pas d’enfants, il y a un texte et il est inutile d’essayer de comprendre. Autre exemple, vécu, à propos des repas : « tout le monde participe, directeur, intendant, animateurs : pas normal ». Une autre remarque : « la plonge ne se situe pas à proximité du lieu des repas ». La directrice du séjour a essayé d’expliquer que la participation des enfants à la plonge, avec transport de la vaisselle, était un choix…À noter également la nécessité de revêtir tous les sols – en dalles de granit, que nous avions appris à entretenir – de plastique prétendument plus propre.

Et c’est ici qu’intervient le dernier élément qui a entraîné la décision finale : en mai 2003, un architecte nous a fourni une évaluation des travaux à prévoir pour la seule cuisine : environ 100000 Euros. Et il fallait y ajouter des travaux pour l’installation d’un système de sécurité incendie et la transformation des réseaux, au total environ 150000. Renseignements pris pour un dernier dossier de demande de subvention, il était illusoire d’espérer un montant suffisant pour couvrir l’ensemble compte tenu de nos disponibilités. Or notre association a toujours été « sans but lucratif », nous n’avons jamais fait réellement de bénéfices sur les séjours ou les stages – qui, au total, équilibraient –, nous ne disposions d’aucune « caisse noire » nous permettant de compléter. La décision s’imposait d’elle-même, elle a été prise par l’Assemblée Générale de 2004. Le centre a été vendu à un sympathique couple britannique qui en a fait une résidence secondaire – disposant toujours d’une salle de huit douches et de W.C. pour soixante… Nous disposons maintenant d’un (petit) trésor de guerre qui nous permet d’aider les activités. De temps en temps, un ancien revient sur les lieux mais nombreux sont ceux qui n’en ont pas envie. Nous comprenons cette déception de tous ceux qui, comme nous, ont participé à cette belle réalisation. Nous aurions souhaité les nommer tous mais ils sont très nombreux et nous ne voulons pas risquer d’en oublier.

Cette conclusion semble pessimiste, mais nous sommes heureux que les activités aient pu continuer ailleurs, toujours dans l’esprit qui leur a été défini à l’origine. Par contre, on est en droit de se poser la question de l’efficacité de la politique de la collectivité nationale dans le domaine de l’éducation populaire : des militants engagés consacrent beaucoup d’efforts à des réalisations qui peuvent être détruites par quelques textes administratifs élaborés en l’absence de toute concertation. Pourquoi considérer comme un « établissement recevant du public » une petite maison qui n’en reçoit pas ? La sécurité est-elle mieux assurée quand l’établissement a disparu ? Toutes questions soumises aux citoyens…

Au total, l’aventure du Fieux a duré quarante ans. Quarante ans de rencontres, de séjours, de stages, d’accueil… mais aussi quarante ans de militantisme bénévole, de travaux entrepris et réalisés, de dossiers, de sollicitations, de réunions, de discussions… Quarante ans de vie, tout court. Environ 100000 journées offertes à des jeunes de tous âges et de toutes origines. Nous n’avons pas à regretter ce que nous avons fait, tous ensemble.