Quelques témoignages

 

1947 : Témoignage de James Lefèbvre (échanges et entretiens)

 J’ai été élève à l’Institution Nationale des Sourds-Muets de Paris. Je suis entré aux éclaireurs, ma cheftaine était Madame Thiébaut. J’ai participé aux sorties et aux camps. J’étais « interprète » parce que j’étais un très bon lecteur sur les lèvres.

Je me souviens bien de mes camarades, en particulier : Bernard Delabie, Claude Boisjibault, Jean Coron, Michel Druet, Jean-Claude Musialik, René Mouton, Didier Teplitxky, Gaston Paillet…

Maintenant j’ai 80 ans !

James Lefèbvre

1, hameau de l’aubépine

77185 LOGNES

 

1953 : Georges Adda

Au Jamboree du Canada, nous sommes partis en avion (Constellation)  et en survolant l’Islande, nous avons vu  une aurore boréale. Sur place, en coopération avec des Scouts de France de Marseille, nous avons présenté une pyramide humaine à cinq niveaux.

J’ai fait participer un sourd de 17 ans, Elie Guilletat, qui était  chef de troupe adjoint, à un camp-école  avec Paris-Sud. À ma connaissance, c’est le premier sourd à avoir suivi un camp de formation de responsables (C.E.P.). Je ne me souviens plus de l’année, je pense que c’était en 1953 ou 1954.

Nous avons aussi adapté le Brevet d’interprète  en remplaçant la langue étrangère par la langue des signes, le postulant devant être capable de traduire nos explications en langue des signes et réciproquement,  implicitement une reconnaissance de la langue des signes avec quelques années d’avance.

Au cours des camps d’été, avec Pierre Job et Georges Graner, nous avons organisé des « explos » de  patrouille. Là aussi, je crois que c’était la première fois que des élèves de l’I.N.J.S. avaient la possibilité de faire une telle activité sans être sous la surveillance d’un adulte. De même, à la fin du camp, certains, avec l’accord des parents, prenaient le train tous seuls pour retourner chez eux – bien sûr, le chef de train était prévenu.

Enfin, une anecdote : un jeudi après midi, j’emmenai les éclaireurs à la piscine. J’avais bien sûr un bon de sortie pour 14 éclaireurs. Comme toujours, je vérifiais les nombre d’enfants au départ  et à l’arrivée : c’était parfait, mais en repartant, j’en avais 15. Explication : un éclaireur externe (ils étaient très rares à l’époque) avait raté le départ et s’était rendu tout seul à la piscine…

 

1953 : Georges Graner :

Quelques souvenirs de la Troupe d’éclaireurs sourds du Groupe Bellechasse

Lorsque je me suis rendu au 66 chaussée d’Antin, en octobre 1953, c’était pour rencontrer « Érable » Lévy-Danon, responsable du secteur « Extension » des Éclaireurs de France. J’avais derrière moi quelques années d’expérience comme chef de troupe à Douai et arrivé à Paris, à l’École Normale Supérieure, j’avais envie de m’occuper d’handicapés. Pour moi, handicapé voulait dire handicapé moteur ou aveugle et j’ai été surpris quand Érable m’a proposé de m’investir dans la Troupe de l’Institut des Sourds de la rue Saint-Jacques qui avait l’avantage de se situer à 3 ou 400 mètres de l’École.

La troupe était dirigée par Georges Adda qui m’a initié aux sourds mais qui est parti au service militaire trois ou quatre mois plus tard. Nous étions en rapports étroits avec la meute de louveteaux, animée par Marie-Françoise Lautman, avec Marie-Claire Sée, le tout chapeauté par Catherine Lautman qui enseignait dans l’établissement. Nous étions rattachés au groupe Bellechasse qui comportait en outre trois unités d’entendants : une troupe d’éclaireurs, une troupe d’éclaireuses et une meute de louveteaux. Nous avions de fréquentes réunions de responsables, très sympathiques, et ainsi nous nous sentions moins isolés, mais les activités communes entre nos unités étaient rares sinon inexistantes.

À l’époque, la langue des signes n’était pas du tout enseignée mais elle se transmettait d’une génération à l’autre pendant les récréations et à l’internat. J’ai appris rapidement l’alphabet et le minimum de gestes nécessaires. Heureusement, j’avais un assistant demi-sourd, Élie Guilletat, avec lequel je communiquais aisément et qui servait d’interprète, mais il y avait aussi des éclaireurs qui arrivaient à lire sur les lèvres.

Nous avions nos activités le dimanche. Soit nous sortions dans Paris l’après-midi pour jouer dans un parc ou visiter un musée, soit nous partions toute la journée en emportant un repas froid que nous fournissait l’intendant de Saint-Jacques. Nous partions souvent par la Ligne de Sceaux (l’actuel RER B) qui s’arrêtait alors à la station Luxembourg.

Notre camp d’été 1954 s’est passé en septembre et a duré 15 jours. Nous étions installés dans la montagne qui surplombe La Bourboule. J’avais convaincu Jacques Mottal, un camarade de l’ENS, de m’accompagner. Je me suis rendu compte que les journées étaient courtes et que communiquer avec des sourds quand la nuit tombe n’était pas commode.

En 1955, un grand événement se préparait : le Jamboree du Canada, à Niagara-on-the-Lake, à 10 km des fameuses chutes. La France envoyait une délégation de 1200 éclaireurs, dont trois troupes de scoutisme d’extension. La troupe des sourds était composée d’une patrouille de Scouts de France et d’une patrouille d’Éclaireurs de France avec un responsable de chaque association. J’ai eu la tâche délicate de choisir 8 éclaireurs de notre troupe, ce qui a laissé bien des frustrations parmi les exclus. Voyage en avions modernes, des quadrimoteurs à hélices, qui ne mettaient que onze heures, avec une escale pour arriver à Montréal. Trois parties dans ce séjour de cinq ou six semaines : d’abord un camp à Lachine, banlieue de Montréal, d’où les éclaireurs partaient pour un accueil dans des familles québécoises ; puis un camp de regroupement de toute la délégation française à Trois-Rivières et enfin le Jamboree proprement dit, avec, entre autres, une journée aux Chutes et une autre à Toronto.

Le camp de 1956 eut lieu en Alsace, à Metzeral. J’étais seul responsable, mon jeune assistant m’ayant abandonné à la dernière minute. Le camp s’est parfaitement déroulé jusqu’à deux jours avant la fin. Pendant la nuit, un orage terrible s’est abattu sur la région et comme nous campions dans une vallée, le camp a rapidement été inondé. Nous nous sommes réfugiés dans une grange et, devant l’ampleur des dégâts, j’ai décidé d’avancer le départ de 24 heures. Le plus difficile a été de prévenir les parents de cette arrivée anticipée.

Ces trois années ont été très enrichissantes pour moi. J’ai appris à connaître le milieu des sourds et encore aujourd’hui, j’y suis attaché.

 

1961 : Bernard Ayrault :

Souvenirs de la rue Saint Jacques…

Quand je suis arrivé à Paris en 1961, où les hasards de la guerre m’avaient fait naître 20 ans plus tôt, j’ai très rapidement trouvé le chemin des EEDF  qui constituaient alors, depuis plus de dix ans, l’horizon de mes loisirs et de mon engagement ; j’avais en effet été louveteau puis éclaireur à Douai, dans le Nord, puis éclaireur et chef de troupe à Rennes… Admis à l’École Polytechnique, j’ai répondu spontanément à l’appel d’Yvon, grand ancien de l’École, qui souhaitait de l’aide pour l’animation du groupe éclaireur de l’INJS : avec deux camarades de promotion (Philippe Graal, condisciple de Rennes et ancien du scoutisme catholique, ainsi que Bernard Bouquet originaire du Poitou et comme moi EEDF) je me suis trouvé confronté au « scoutisme d’extension », au bénéfice des jeunes sourds-muets de l’Institut.

De nombreux souvenirs me remontent en mémoire de cette période, 1961-1964 : pendant les deux ans passés rue Descartes j’ai très régulièrement animé les activités dominicales du groupe d’éclaireurs ; ensuite, après mon mariage et mes débuts professionnels, mon engagement s’est lentement émoussé, d’autant que le flambeau avait été repris par des représentants des promotions suivantes (je pense en particulier à Georges Adda).

Le plus souvent les activités de plein air, habituelles au scoutisme, nous conduisaient le dimanche dans le Bois de Verrières : c’était assez commode car la station Luxembourg, proche de l’INJS, permet un accès rapide à ce grand massif forestier, grâce au RER B naguère usuellement appelé ligne de Sceaux. La semaine, les militaires nous emmenaient souvent faire du cross dans ce bois de Verrières, que je connais donc depuis 50 ans et que je continue de fréquenter car depuis 1966 j’habite précisément à Verrières où je suis même devenu, depuis un quart de siècle, l’un des principaux animateurs du club de randonnées !

Le trajet en métro me laisse des souvenirs précis et amusants : nous étions toujours au moins deux animateurs, et nous avions la crainte de « perdre » un de nos jeunes, d’autant que ceux-ci, après avoir quitté leur internat, étaient fort agités ! Sans cesse nous recomptions le nombre des membres du groupe, et dès que nous étions montés dans le métro, nous les regroupions à une extrémité, loin des portières pour prévenir toute descente intempestive ! Plusieurs fois, des bourgeois endimanchés sortant de la messe et portant avec soin des gâteaux, ont insisté, d’abord mezzo voce puis à haute voix, pour que ces jeunes leur laissent des places assises au nom de la bonne éducation : quelle n’était pas leur stupeur quand j’intervenais pour leur dire qu’ils avaient affaire à des sourds…

Au terme de nos sorties, le retour à la rue Saint Jacques ne soulevait pas l’enthousiasme : pour le rendre moins pénible, nous avions pris l’habitude de l’arrêt dans une pâtisserie où les jeunes dépensaient quelques sous (mais où ils ne payaient sans doute pas souvent les bonbons dont ils avaient repéré les réserves !). Cette irruption dans un magasin passait d’autant moins inaperçue que les souliers ferrés de l’internat faisaient un raffut épouvantable, auquel les jeunes étaient évidemment tout à fait insensibles.

Ces années avec les jeunes sourds m’ont fait toucher du doigt le scoutisme d’extension et, plus généralement, m’ont sensibilisé au problème du handicap : plusieurs fois, au long de ma vie professionnelle, j’ai eu l’occasion de m’intéresser à ces questions et même de contribuer à développer quelques avancées sociétales à ce sujet. Ainsi en a-t-il été avec l’ouverture de l’accès aux grandes écoles d’ingénieurs (plusieurs de mes anciens étudiants ont fait de brillantes carrières), ou encore à l’occasion de recherches de jeunes ingénieurs sur les techniques palliatives que j’ai stimulées. Récemment encore j’ai même coordonné un dossier exposant les contributions apportées par les nouvelles technologies (informatique, robotique…) à la lutte contre la dépendance….

Depuis cette époque, je suis resté fidèle à ces lointaines années de jeunesse et je prends toujours connaissance avec plaisir des activités de LEJS ; j’ai même eu l’occasion de revenir à l’Institut, à l’occasion des randonnées patrimoniales que j’organise dans la capitale. La recherche des anciennes abbayes nous a conduits à l’ancienne abbaye Saint Magloire, dont le jardin a gardé le charme d’autrefois en plein cœur de la capitale. J’ai aussi découvert et fait découvrir l’ancien four gallo-romain, l’édicule de l’ancien aqueduc Médicis, ainsi que le charme et l’histoire de Saint Jacques du Haut Pas… Je continue aussi d’aller rue Saint Jacques, avec mes petits-enfants, dans un petit restaurant chinois que nous apprécions tous et dont les tarifs, inchangés depuis des lustres, sont directement passés des francs aux euros en divisant par 6,5596 !

Bernard AYRAULT

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1964 : Quelques souvenirs de Laurent Jacob

Il y a exactement 50 ans, je m’occupais de la meute de l’INJS, un peu dans mes temps libres d’étudiant. Aujourd’hui je suis un vieux monsieur qui a la chance d’avoir encore une activité qui l’amène à découvrir des faits nouveaux sur le fonctionnement du cerveau.

Et puis il y a eu cette demande de Catherine Bastide de raconter quelque chose sur cette période d’il y a 50 ans. Cette question, apparemment anodine, a été comme un chamboulement. Elle s’est un peu transformée en « qu’as-tu fait de ta vie, quel rôle a eu cette période dans ta vie ? ». Ce que j’étudie actuellement, et dont je n’avais pas conscience à l’époque, est venu revoir ce que j’avais vécu, plus lucidement, plus méthodiquement. Le vieil homme regardait le jeune étudiant. Son cerveau s’était mis en marche tout seul, comme décrit dans ses études, et recherchait dans les coins reculés et enfouis de sa mémoire les souvenirs du jeune homme. Et là aussi les études se vérifiaient : ce qui ressortait c’est l’émotion maximale reçue et l’émotion finale gardée. La durée, la vie des sorties avait disparu devant ces deux données.

L’émotion maximale gardée était celle d’une sortie d’un dimanche de fin d’hiver ou de début maussade de printemps 1964. Pas question de sortir dans un parc, on va aller au cinéma voir un film style western. Qui a eu cette idée géniale ? Cela ne compte pas. Qui assistait à cette sortie outre une douzaine de louveteaux de la meute EdF de l’INJS ? Cela ne compte plus. Il n’en reste que le déroulement de cette après-midi, comme une bande de film sonore et lumineuse. L’entrée dans le cinéma, en groupe sage dans un murmure des gens du quartier emmenant leurs enfants au cinéma pour les mêmes raisons que la meute, lumière jaune faible de l’époque dans la salle. La lumière s’éteint, il ne reste que l’éclairage de l’écran qui projette une lumière blafarde sur la salle. Je regarde autour de moi de temps en temps pour voir un peu comment vont les louveteaux. Le film commence doucement, la salle est silencieuse, on remarque à peine le son du film. Puis l’action commence. La salle vibre un peu, en bloc. Les louveteaux commencent à apprécier. La lumière pâle continue d’éclairer la salle, le film devait être en noir et blanc dans mes souvenirs. L’action monte. Les louveteaux se passionnent, et commencent à exprimer leurs sentiments. Ce n’est pas comme le reste de la salle. Puis l’action devient intense. Les louveteaux ne peuvent retenir leur émotion, bougent et émettent des cris rauques. Cette sonorisation inattendue a pour effet de glacer le reste de la salle que je sens se rétracter derrière moi. Plus les louveteaux bougent et parlent, plus la salle se fige. Je regarde derrière pour vérifier que les mouvements de louveteaux ne gênent pas les autres. Point de problèmes, dans la lumière blafarde je vois les autres repliés dans leurs fauteuils. J’ai le cœur qui bat un peu fort, me demandant quelle va être la réaction à la fin du film. Le film se termine, la lumière revient. Les louveteaux sont debout à leur place et communiquent entre eux à grand renfort de bras pour exprimer leur plaisir. Les gens du quartier s’extraient de leurs sièges et quittent la salle avec des regards en dessous vers la meute. Nous attendons que les autres soient partis pour partir à notre tour. Retour à l’INJS avec forte animation entre eux dans la rue pour continuer à échanger. Quelle bonne après-midi !

Un autre souvenir important était la barrière du langage. J’avais essayé d’apprendre l’alphabet et de parler comme les enfants apprennent à parler à l’école, en disant des groupes de lettres. Et je voyais que je les amusais comme les enfants, alors qu’avec une rapidité extrême ils énonçaient des idéogrammes. Je me rappelle le coup de doigt en biais sur le front qui était une partie de l’idéogramme «  Madame Bastide ». Je n’ai pas eu le temps d’apprendre le « Chinois » et il m’en reste un regret.

Quant à la fin dont la théorie dit qu’elle reste en mémoire, elle ne joue pas pour moi, je suis toujours encore dans le présent. Je suis toujours depuis en pensée avec Catherine et Yvon Bastide, je reste dans l’esprit des Éclaireurs, sans appartenance, mais avec corrélativement une forte tolérance et une grande ouverture d’esprit. J’admire ce qu’ils ont donné depuis des dizaines d’années, ce qui a été un exemple dans ma vie professionnelle. J’ai beaucoup aimé les livres récents sur le passé des éclaireurs, où l’on voit que l’on peut être tolérant mais aussi ne pas faire de concessions sur des valeurs humaines essentielles, ce dont a besoin le monde dans lequel nous vivons actuellement.

Laurent JACOB                                                                                                                 

laurent-v-jacob @wanadoo.fr

 Laurent était, comme Bernard Ayrault, élève à l’École Polytechnique quand il a été « recruté » pour le groupe de l’I.N.J.S. ; Georges Graner était élève de l'École Normale Supérieure de la rue d'Ulm.

 

1964 : Les débuts du centre du Fieux :

Quelques témoignages d’enfants des équipes bénévoles d’installation

Lors de l’achat en 1964, la ferme « Jouanneteau » était abandonnée depuis quelques années mais gardait les traces des deniers occupants. Une équipe s’est donc chargée de mettre les lieux en état de recevoir rapidement les premiers groupes de jeunes, louvettes ou louveteaux (8 à 12 ans) autour des bâtiments eux-mêmes et éclaireuses ou éclaireurs (13 à 16 ans) sur le terrain de la Combe aux taures un peu plus loin. Mais les membres de cette équipe, prenant sur leurs vacances, avaient des enfants… qui se sont donc trouvés parmi les premiers « colons » de cette nouvelle terre. Certains, les plus âgés, pouvaient participer aux activités, les autres s’occupaient… comme ils le pouvaient. Quelques-uns d’entre eux ont accepté de témoigner, cinquante ans après (ils sont donc aujourd’hui presque sexagénaires !) et de nous résumer leurs souvenirs de cette époque, qu’ils ont connue sous un angle un peu inhabituel. Nous les présentons… du plus âgé à la plus jeune.

 

Pierre Lautmann, fils de la « cuisinière »

Immobile ! Sous le chaud soleil de ce début de juillet 1964, le petit village du Fieux semble figé dans le temps. Rien ne bouge. Plus tôt, dans la fraîcheur du matin, les chemins terreux qui sillonnent le hameau ont été parcourus par les quelques vaches et autres moutons qui d’un pas lent sont descendus boire à la rivière sous le regard vigilant des chiens puceux prompts à mordre les pattes des bêtes qui auraient voulu quitter le troupeau. Seule une longue théorie de bouses fraîches rappelle, à ceux qui l’ont ratée, la grande animation matinale et l’air se remplit du bourdonnement des mouches qui, à la fête, volent d’une flaque verte à l’autre.

Une sonnerie de téléphone incongrue résonne sur la petite place. Des portes s’ouvrent et l’animation gagne les ruelles. On court ! On se questionne ! Où est la clef du coffret qui renferme l’unique et antique téléphone, le seul présent à des kilomètres à la ronde. La voilà… On appelle de la capitale. La nouvelle est pour ces Parisiens qui, dérogeant au calme ambiant, s’agitent sans relâche à la ferme des Jouanneteau. La nouvelle tombe. Mon arrière grand-mère, Bonne-Maman, vient de décéder à l’âge de 87 ans. Mon chagrin est immense. C’est mon premier deuil, j’ai 7 ans.

L’émotion est vite remplacée par ma curiosité devant le ballet incessant des adultes présents dans l’immense propriété. Ces derniers, je m’en rends compte aujourd’hui, ont alors tout juste la trentaine. Ils ne ressemblent en rien aux grandes personnes guindées que je côtoie dans ma vie quotidienne. Ici fi des costumes, au diable les cravates, les robes aux couleurs vives ! Le short est de rigueur pour les hommes comme pour les femmes, brodequins et godillots sont du dernier chic et le kaki prédomine,

On s’agite beaucoup. Le camp, voilà un mot mystérieux, doit être prêt dans quelques jours pour accueillir des louveteaux ! Encore un mystère. Le boulot, ce n’est pas ce qui manque ici. Nous sommes des pionniers. Le Fieux, c’est notre Far-West, et les enfants que nous sommes, mes sœurs et ma cousine Dominique, entendons participer à l’aventure. Nous aidons à porter, transporter… ; on déblaie, on coupe, on brûle, on démonte dans l’espoir de pouvoir bientôt dresser les structures qui devront accueillir les petits loups de France.

La ferme Jouanneteau, avec mes yeux d’enfant, c’est le château de la belle au bois dormant. Lorsque je la découvre pour la première fois, il semble que ses habitants viennent seulement de partir, laissant derrière eux un monde dont la ruralité étonne, même pour mon jeune âge. Les fermiers ont quitté les lieux à la fin des années cinquante. Autant dire il y a un siècle. La lourde clef de fer forgé est restée accrochée à l’extérieur de la porte d’entrée. Elle mesure bien quinze centimètres de longueur. À l’intérieur, des sabots, au décor de grappes de raisins sculptées dans le bois, semblent attendre les pieds qui voudront bien les chausser. Toutes les tailles y sont représentées.

Les fagots de bois en nombre sont encore serrés dans les greniers des granges, la longue pelle à pain, depuis longtemps inutile, s’ennuie près du four, parmi d’autres outils dont des fourches et des râteaux en bois et le pittoresque fléau à blé. La porcherie est remplie des archives agricoles conservées par plusieurs générations et je me régale, avant leur départ pour le grand feu qui brûle presque en permanence, des chromographies publicitaires de ces machines dont on a oublié depuis des lustres l’usage. J’admire l’écriture fine et déliée que des petits écoliers du début du siècle ont laissée sur des dizaines de cahiers « Charlemagne ».

Oncle Yvon est partout, en haut dans les greniers, dans la fosse à purin qu’il m’invite à visiter, au fond du puits d’où surgit une vénérable échelle sans âge. Tiendra ? Tiendra pas … Ici on transporte des poutres de chêne si longues qu’elles encombrent un temps la cour de la ferme. Là de vieilles cages à lapins obstruent l’entrée de la propriété, qu’à cela ne tienne, on les abat et elles aussi rejoignent le grand feu, sous les regards amusés des deux gars du village, Michel Leclerc et son cousin Alain Lecardeur. Le quart d’heure ? Au Fieux, les gens ont des noms vraiment extraordinaires. Les Lafrançaise, les Noël nos voisins immédiats. Michel et Alain ont mon âge et deviendront de formidables chaperons pour le petit parigau « tête de veau » parisien « tête de chien » que je suis. Une fois par terre, les cages, encore garnies de leur litière, révèlent un mur branlant. Je suis chargé d’en enlever quelques pierres dont l’une découvre la cache de deux autres clefs encore plus massives que la précédente. Les clefs de Saint-Pierre me dit-on. D’autres pierres déplacées révèlent encore bien des trésors, dont des fourneaux de pipes en écumes et un sou à l’effigie de Napoléon III.

J’ai le privilège de fréquenter le Fieux avant l’arrivée de ses hôtes. Mes journées, lorsque je ne n’aide pas modestement à l’organisation des lieux, ne sont que courses à travers champs avec Michel et Alain, braconnage de truites et pêche à la bouteille dans les minuscules cours d’eau qui sillonnent toute la campagne environnante. En ces temps reculés, les bouteilles de vin en verre possèdent un cul en pyramide inversée que l’on casse délicatement afin d’y ménager une ouverture. Garnies de pain et rebouchées à l’aide de leur bouchon de liège, ces bouteilles deviennent des nasses d’où les vairons et autres goujons ne peuvent pas s’échapper. Ils ne seront pas mangés, mais conservés dans un abreuvoir en attendant d’être vendus à l’épicier de la « grande » ville, Saint-Goussaud, pour servir de vifs aux pêcheurs.

Nos courses dans la campagne nous ramènent épuisés mais les paniers remplis de giroles de la plus belle couleur orange, ramassées dans les vastes bois environnants. Elles terminent en formidables omelettes que nous avalons chez Madame Leclerc qui nous taille de larges tranches de pain et de non moins larges tranches de jambon cru. Je veux tout voir et tout savoir, le vieux berger, le grand-père Leclerc me raconte son village. Il ne sort jamais sans sa houppelande au revers de laquelle est cousu un petit ruban qui m’intrigue. Je saurai plus tard qu’il s’agit de sa médaille militaire reçue pendant la guerre de 1914-1918. Avec mes sœurs et mes cousines, nous ne ratons jamais l’heure des poules lorsque Madame Noël les appelle de son cri « petits petits petits » tandis que Monsieur Noël attelle ses bœufs pour travailler quelques friches. Lui aussi est un vétéran de la Grande Guerre. J’adore accompagner Madame Noël lorsqu’elle va à son potager qui se trouve à la sortie du hameau. Elle a été l’une de ces élèves studieuses qui ont noirci les cahiers que j’ai redécouverts tantôt. Nos promenades se terminent toujours par un doigt de cassis qu’elle a elle-même préparé et qu’elle sert dans des verres minuscules.

À la ferme, on défriche avec ardeur l’ancien verger. Des brasiers gigantesques me réjouissent et tandis qu’ils se consument, on creuse les feuillées des garçons et des filles que séparent, tendues entre de rudimentaires pieux taillés, de larges bandes de toile de jute à l’odeur si caractéristique. Ici tout est odeur, la pierre des murs, qui abrite parfois des vipères et dont on nous a appris à nous méfier, les fougères qui envahissent encore les lieux malgré nos efforts pour les arracher, l’humus des bois qui ne sont jamais loin, le grésil dans les latrines, les tentes sous le soleil ou sous la pluie, immenses dortoirs, qui une à une envahissent l’espace qu’ont laissé les fruitiers. Bientôt elles se meubleront de simples lits de camp de toile.

Un car s’annonce d’où surgissent une foule d’enfants de tous les âges, sac au dos beige, où pend une gourde brinquebalante. Les garçons portent le short, les filles une jupe plissée bleu. Tous arborent un béret, un foulard et des pulls bleus marine dont certains, ô merveille, ont les manches garnies de petits triangles colorés, parfois ornés de gueule de loup. Leurs propriétaires, des « anciens », les portent telles les médailles qui ornent les poitrines de nos vétérans les jours de commémorations. J’appendrai vite qu’il s’agit de « brevets », gagnés au mérite et dès lors je n’aurai de cesse, d’en mériter moi aussi, même si ma moisson s’avèrera toujours minimaliste.

Des tables ont été dressées dehors et un solide déjeuner attend les nouveaux arrivants. Qui pourrait le croire aujourd’hui, ces dizaines d’enfants sont nourris par des plats préparés sur le vieux four à bois en fonte laissé par les fermiers et qui trône dans la cuisine. Aux casseroles, qui ici sont devenus des énormes « faitouts » à la taille proportionnée à l’appétit des jeunes hôtes des lieux, trône ma mère Berthe, souvent assistée d’une jeune fille au pair venu d’Angleterre. Certaines de ces jeunes filles exotiques créeront bien des émois amoureux pour les jeunes gens des alentours…

Dés le mois de mai, entre deux séances de couture pour préparer nos « sac à viande » ma mère avait dressé d’impressionnantes listes de menus jour par jour et le cellier contigu à la cuisine, sous le regard bienveillant d’un œil de bœuf, regorge de denrées conservées elles-aussi dans des contenants démesurés. Très vite la vie s’organise. Les aînés, les éclaireurs, dont ma sœur Françoise, disparaissent dans les bois où ils vont organiser leur propre séjour. Nous ne les reverrons pratiquement pas jusqu’à la fin du camp. Je ne les envie pas, tant la perspective de vivre dans les sous-bois me fait peur et l’idée de quitter ma mère me déplaît.

Les journées s’organisent selon un rythme immuable. Le matin, nous suivons le même chemin que les vaches et les moutons pour gagner la rivière où joyeusement nous nous lavons et brossons nos dents. Au Fieux, il n’y a pas l’eau courante, du moins les premières années et l’on va chercher l’eau au puits. Les baignades matinales sont des moments de détente et de liberté merveilleuses. Nous sommes entourés, parmi les ajoncs, d’une myriade de libellules colorées dont les larves peuplent le lit du cours d’eau parmi un tapis de quartz et de mica scintillant sous la lumière. De nombreux louveteaux sourds-muets viennent de l’Institut Saint-Jacques. Nous partageons avec eux nos aventures limousines et leurs cris de joie redoublent lors de ces ablutions. Nous construisons de nombreux barrages afin de former de véritables piscines au grand dam des paysans en contrebas qui voient leur source se tarir. Nous revenons, la serviette humide sur l’épaule, sous le soleil qui fait péter dans un craquement sonore les cosses des genêts qui exhalent une odeur vanillée.

Lorsque le temps ne le permet pas, nous déjeunons dans la grange.

Les cheftaines, sous le regard sévère de ma tante Catherine, organisent les ateliers. Très tôt, nous commençons à préparer le spectacle que nous donnerons pour les habitants du Fieux à l’occasion du 14 juillet. Une retraite au flambeau sera au programme. Nous puisons les thèmes du spectacle dans l’univers du livre de la jungle, avec des costumes parfois très sophistiqués, tel celui de l’ours Baloo avec sa tête elle aussi en toile de jute. Nos camarades de Saint-Jacques se révèlent des mimes hors pairs et pleins de créativité.

Des courses d’orientation s’organisent et ce sont de longues promenades sur les chemins qui ici sont d’anciennes voies romaines dont le pavage conserve la marque du fer des charrois qui les ont empruntés depuis des temps immémoriaux. L’après-midi, retour dans les tentes pour la sieste, bercée par le chant des grillons ou, parfois, celui des gouttes d’eau qui tambourinent sur les toiles de la tente lorsque parfois il pleut. Puis ce sont des parties de foot qui se livrent au pied du cerisier dans l’attente du goûter, moment très attendu et qui consiste en une solide tranche de pain de campagne et une barre de chocolat noir vite engloutie.

Certains jours, les louveteaux (qui n’ont pas, comme moi, leur mère à leur côté) sont tenus d’écrire à leurs parents. Un jour, le facteur revient avec une enveloppe ainsi rédigée : « Maman, la pharmacie ». L’auteur de cette missive est vite identifié, il s’agit de mon cousin Didier dont la mère, Marie-Claire, est pharmacienne dans l’Aisne. Didier est venu, dès le second été, rejoindre ses sœurs Anne-Marie et Evelyne qui, elles, sont déjà éclaireuses.

Le dimanche, pour ceux qui le souhaitent, une petite troupe gagne à pied l’église de Saint-Goussaud pour la messe et le grand plaisir des enfants est de sonner à la volée en se laissant hisser à la corde jusqu’à une hauteur respectable par le ballant des cloches.

Des marches à pied, il y en a de nombreuses. Au rythme des chansons scoutes, c’est pratiquement notre seul moyen de locomotion et nous connaissons tous les chemins des environs, toutes les loges cachées dans les bruyères, les sources qui sourdent ici et là au milieu des champs et où nous nous abreuvons avec délice.

Au détour d’une forêt, nous tombons parfois sur le camp des éclaireurs à la « Combe aux Taures ». L’espace net à été dégagé et balayé. Les bancs et les tables sont de simples troncs réunis par de nœuds aussi complexes que solides et la fougère est autant tapis de sol que toiture sur des abris précaires.

Parfois, l’autocar qui a fait la liaison depuis la gare de Saint-Sulpice-Laurière, au début des vacances, vient nous chercher pour une visite ou une baignade à la piscine d’une ville voisine. Le retour est souvent chaotique et les chiens du village le savent bien guettant le retour du car, et les bassines emmenées par précaution, et que des estomacs tourmentés ont bien remplis.

Avec la nuit tombante, le calme gagne enfin le camp et certains soirs propices, nous nous retrouvons autour d’un grand feu de bois et l’on chante cette fois-ci « Feu de bois, Feu qui chante, Joli Feu de bois, Feu qui chante… » – les chansons sont mimées ou traduites en signes ; et, avant de regagner nos tentes, la chanson se termine par un bonsoir à chacun, qui par son prénom, qui par son totem, bonsoir Marmotte, bonsoir Marmotte… et demain nous chanterons, chanterons, chanterons, et demain nous chanterons la même chanson…

Nous regagnons nos tentes sous les étoiles, dans la tiédeur du soir. Un dernier baiser des cheftaines, car, ne l’oublions pas nous sommes de tout petits louveteaux, et nous nous endormons.

 

Dominique Dance, fille de la responsable du camp

On n'oublie jamais le pays du bonheur de l'enfance. Pour moi, ce fut le Fieux.

Une foule de souvenirs, heureux et cocasses, empreints de la poésie des paysages, de la rudesse de la vie des paysans à l'époque et surtout de la richesse des rencontres.

Je suis la fille de Catherine et Yvon Bastide, alors le Fieux, ce fut pour moi et toute la famille, André Taussac, les cousins et cousines, oncles et tantes, grands-parents de Paris et du Midi, une grande aventure, celle d'une enfance heureuse à courir dans les champs et vagabonder sur les chemins…

Encore aujourd'hui, je peux décrire les yeux fermés toutes les pièces de cette grande bâtisse creusoise, la petite maison avec en bas la cuisine avec sa batterie de points de cuisson, qu'il a fallu réaménager pour la « mettre aux normes », la pièce où l'on rangeait les courses, la chaudière, le bureau. En haut, ce qui est resté pour moi l'infirmerie au papier jaune d'or, la chambre de ma tante Berthe Lautmann qui est venue si souvent faire la cuisine pendant les camps, la chambre de ma mère, qui dirigeait le centre de vacances, la salle de bains et les toilettes. Au grenier, deux grandes pièces. D'année en année s'y sont entassées des cantines remplies des vêtements oubliés et la collection de t-shirts rouges et bleus qui nous habillaient, tous, une semaine en rouge, une semaine en bleu, pour faciliter la lessive. J'y revois aussi quelques bérets et ces grandes capes en laine bleu marine des écoliers d'antan.

Ces écoliers d'antan, ces enfants sourds, le plus souvent « profonds », je les ai cotôyés très jeune, puisque nous allions régulièrement à Saint-Jacques voir ma mère dans sa classe. Je me rappelle particulièrement de grands garçons originaires d'Afrique noire, qui dansaient comme on fait là-bas, tout habités par le rythme d'une musique qu'ils n'entendaient pas. Pour l'anecdote, il m'aura fallu attendre d'avoir 18 ans pour rencontrer pour la première fois un malentendant avec qui je pouvais parler en marchant devant lui.

Mes premiers souvenirs du Fieux, en dehors des exploits de mon tout petit frère dans la fosse à purin et de la découverte d'une vipère (ou une couleuvre ?) énorme au même endroit par mon père l'après-midi, ce sont… les « feuillées »  au fond du grand pré d'en bas, avant que soit construite la batteries de WC, aux demi-portes, sauf la porte du local destiné aux adultes, suivant le modèle courant dans les écoles de la région.

À l'époque, il y avait encore des cheftaines, bientôt devenus des « responsables », dont ma préférée, Hélène Lerner, et Martine Couppié, si dévouée aux enfants sourds.

C'était le temps des « grandes entreprises», dont nous décidions en toute démocratie le thème, du grand herbier, du film avec les canards en carton de Pâques, des grandes randonnées vers Saint- Goussaud, avec ses étapes obligatoires à la Lanterne des Morts et au café-épicerie des Volondat à l'entrée du village. Le temps aussi où on dévalait tous les jours la colline pour aller nous laver au ruisseau où, grâce à un petit barrage, nous arrivions aussi à nous baigner et même à nager.

Souvenirs des grands jeux, des Olympiades, des veillées, des siestes obligatoires, où nous avions le droit de lire, et des bonbons que j'allais demander à ma mère, Catherine, le soir, pour les distribuer aux copains avant de regagner les tentes. Ces tentes, ces grandes « Rouchy » bleues, combien de fois nous les avons ouvertes, vérifiées, transportées, montées à la Pentecôte puis, démontées, repliées en fin d'été… sans compter les lits de camp de toile et bois, cent fois descendus, transportés, dépliés, montés, rangés. Pas question de mélanger les montants et les piquets, tout était signalé par un code couleur installé lors de l’achat.

Le Fieux, c'était aussi une école de l'art du rangement. Vingt ans après, quand je suis revenue avec mon époux Jean et mes enfants, Sébastien et Carolyne, il y avait encore trace de l'écriture maternelle sur les tiroirs des tables de nuit et les étagères. Gare au désordre, même si, à la fin de certains camps, les bras en tombaient à la vue du bazar qui était laissé... et que, patiemment, Catherine et ses acolytes remettaient en place pour les prochaines sessions.

École de la démocratie et du vivre ensemble, de la découverte de l'autre, dans ses ressemblances et ses dissemblances. École de la vie, éducation à l'environnement. Celle de la joie, des rires, des émotions. Celle des enfants que je faisais chanter ensemble dans un car qui nous ramenait d'une grande expédition, sourds et entendants mêlés, les uns avec leurs voix et tous avec leurs doigts…

Je sais ce que je dois au Fieux et à ce projet unique de coéducation sourds-entendants, filles-garçons. Peut-être ma vocation d'agronome, alors qu'on y faisait encore les récoltes à la main. Certainement celle d'élue, déléguée au handicap et à l'accessibilité dans ma commune près de Montpellier.

Et surtout…

D'y avoir été heureuse…

Et de savoir que je peux toujours l'être en fermant les yeux, en marchant sur la voie romaine qui mène à la Combe au Taures, en entendant les chants et les bruits des galoches des enfants que nous étions. Sans oublier nos veillées aux étoiles…

 

Évelyne Leroy, nièce de deux responsables

Que de beaux souvenirs ! Quels souvenirs en vrac…

Souvenir de mon matériel : sac à dos Lafuma, ma gourde et ma lampe électrique…

Les jeux, je ne sais plus comment s'appelle le jeu où il fallait répondre aux questions, un jeu d'orientation peut-être ?

Le 14 juillet, « ça ira, ça ira » il me semble que nous nous rendions à pied à Saint-Goussaud.

Les genêts et leur odeur, le feu de camp du dernier jour.

L'appel avec la levée du drapeau.

Les latrines à creuser.

La nourriture, les grands pots de confiture, et les tranches de pain.

Les séjours avec Jacqueline où on se disputait un amoureux, Francis quelque chose… 

L'alphabet des sourds muets que je sais toujours….

 

Jacqueline Lautmann, fille de la « cuisinière »

J’ai découvert les camps scouts du Fieux alors que le lieu venait tout juste d’être acquis. J’ignore quel âge j’avais alors, huit ans, dix ans ? Le lieu était assez fascinant, on trouvait dans les bâtiments annexes d’immenses clés, pour les immenses portes, sans doute aussi des mangeoires pour animaux, si mes souvenirs sont bons. Un des premiers chantiers a consisté à faucher d’énormes fougères, dans le bas du pré, pour fabriquer des toilettes naturelles.

J’ai des souvenirs fantastiques de mes camps scouts. Nous retrouvions les cousins et cousines, qui étaient aussi des amis. Nous dormions sous d’immenses tentes, dans des lits en toile. Nous faisions beaucoup de marches à pied. Nous allions nous laver dans un ruisseau, il n’y avait pas de douches à l’époque. Il y avait deux groupes, les entendants et les sourds muets. Ca donnait un caractère particulier à ces vacances. Les deux groupes se côtoyaient sans aucun problème.

Les repas étaient pris dans un grand réfectoire. C’est ma mère qui les préparaient, et elle était, je crois, admirée pour sa capacité à nourrir tout ce monde avec des plats savoureux. Je me souviens aussi du gros pain de campagne, à la mie dense, et au bon goût de levain. On ne trouve plus ce pain aujourd’hui, même dans les campagnes. Après les longues marches à pied, chacun recevait un goûter avec, très souvent, de la pâte de fruit.

J’ai souvenir de grandes fêtes qui étaient organisées autour d’un immense feu de bois. Une année, j’ai joué le rôle de Marie-Antoinette dans une petite mise en scène à l’occasion d’une de ces fêtes.

Je pense que ces camps scouts m’ont donné le goût du grand air, de la marche, de l’effort, de la vie simple en communauté, et ils m’ont apporté beaucoup de joies et de bonheur.

 

1965 : Philippe Pion :

Un camp éclaireurs à la Combe aux Taures en 1965 : reportage photographique

J'ai retrouvé une boîte de diapos du seul camp que j'ai fait au Fieux en juillet 1965.

Je me souviens bien du camp dans son coin de forêt, d'un chemin que nous empruntions pour aller au QG du Fieux à une dizaine de minutes à pied… pour notre approvisionnement…

J'étais jeune responsable (17 ans, venant d'avoir mon bac), avec Bernard Bouquet pour s'occuper de 24 éclés dans 4 patrouilles dont moitié sourds et moitié entendants…

Et moi qui n'avais jamais fréquenté de sourds. Des journées bien remplies !

Philippe PION

26 Bd de France - 14150 OUISTREHAM

 

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1983 : un témoignage retrouvé

dans le Bulletin de liaison n°41 1983 de la FNAPEDIDA, Fédération Nationale des Associations de Parents d’Élèves Des Institutions De Déficients Auditifs

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1984 : Nathalie Delhomme

Le premier contact avec les éclaireurs sourds : dans les années 1966-67, c'est à l'âge louvette avec le groupes Vanves-Beaumanoir, que j'ai vécu des activités en commun avec d'autres groupes de la région de Paris dont le groupe « Saint Jacques ».

C’est une vraie découverte, aussi forte en perspective de liberté, d'égalité, que la mixité, car mon quotidien d'écolière c'est une école de filles, qui n'accueille pas d'élèves handicapés. Plus tard, lors de ma compréhension du scoutisme EEDF, je mettrai un nom sur ce « scoutisme d'extension »

Plus tard en 1984, à Montpezat sous Beauzon lors d'un camp du groupe d'Ivry sur Seine dont j'ai la direction, nous accueillons, suite à une demande de Catherine Bastide, deux jeunes ados sourds qui sont intégrés dans les équipages. Notre équipe de respons utilisait beaucoup les d'activités d'expressions théâtre, mime, mais lors de ce camp, grâce à nos deux invités le niveau a été monté d'un cran. Nous faisions également beaucoup de musique et de danses folk et par bonheur il y a avait un parquet… Mais pour moi, à nouveau des découvertes : celle de la difficulté de communication, sans langue commune, sur des sujets complexes… Je me souviens en particulier de discussion autour des prescriptions alimentaires religieuses avec l'un des ados, ou expliquer le cycle menstruel à un ado qui avait trouvé un paquet de serviettes périodiques et voulait savoir ce que c'était… Mais aussi de la volonté mutuelle d'intégration des jeunes, dynamisée par les valeurs et la méthode du scoutisme.

Alors très naturellement, les liens se tissent... C'est le début d'une série de projets où avec Claire Simon également responsable dans le groupe d'Ivry, nous engageons des actions en partenariat entre les éclés d'Ivry et de LEJS.

En 1985, je suis également engagée dans des actions au niveau national, le Comité Directeur, mais aussi des actions de formation ; avant le congrès de Mâcon plusieurs stages se déroulaient. En parallèle, j'étais formatrice dans un appro bafa et sur le même lieu à Chardonnay se déroulait un stage théorique BAFA de LEJS. Lors des temps libres, des moments de repas c'est l'occasion d'échanger avec les formateurs de LEJS… Découverte, encore, du militantisme nécessaire, pour pouvoir être sourds et formateurs ou stagiaires BAFA…

Les années 93

Lorsque je deviens responsable régionale Paris-Île de France… nous engageons avec Catherine, plusieurs projets d'action (participation à quelques activités régionales pour les jeunes, aux réunions institutionnelles, comité régionaux et des camps en partenariat). Des projets que nous avons menés avec en particulier Karine Rongère de LEJS et une jeune responsable d'Ivry. Mais aussi avec Guylaine Paris.

Je me souviens avoir mis en avant, tant à la région que dans le groupe d'Ivry, un logo « solidarité entendants sourds » il était sur l'annuaire régional, sur des plaquettes de diffusion des programmes des stages... sur des affiches, imprimé au pochoir et à la bombe sur des tee-shirt ou des foulards de camps ….

De ces camps, j'en citerai deux qui m'ont particulièrement marquée :

-   En 1993, un camp régional Paris-Île de France, au moulin de Rolan à Cautine. Le projet ambitieux était de faire vivre chaque groupe, dont Ivry et LEJS, en autonomie, mais aussi de partager le maximum de projets en commun, activités, jeux, veillées, explos… y compris les évaluations des stagiaires BAFA (entendants et sourds). Pas très simple pour une directrice qui ne signait que quelques mots…

Je pense que plusieurs générations de futurs respons d'Ivry ont été marquées par ce camp, car ensuite les activités avec LEJS se sont poursuivies et la découverte de la langue des signes a longtemps été une activité tout naturellement proposée dans le groupe.

-   En 1996, l'action nationale des EEDF Mosaïque avec un camp en deux parties : un camp régional à Aurec sur Loire a précédé les camps nationaux de Branches. LEJS était venu avec des jeunes de la branche éclaireurs. En plus du projet de camp, les jeunes (sourds et entendants), avaient préparé des actions pour le final de l'action nationale avec, en particulier, la traduction en langue des signes et une chorégraphie de la chanson du rassemblement « Mosaïcouleurs »,

De ce camp en deux parties, je garde le souvenir d'une volonté commune de mettre en avant la fierté de la culture sourde et de la langue des signes. Karine a fait un travail énorme sur ce camp… Il avait fallu porter avec opiniâtreté lors des équipes de préparation du rassemblement mosaïque le bien fondé d'une traduction systématique en langue des signes, et pas seulement devant les officiels. Claire et Karine l'on fait pendant le rassemblement…

Le chemin commun entre LEJS et les éclés du groupe d'Ivry s'est un peu poursuivi, en ce qui concerne la région EEDF Paris-Île de France, équipe régionale et responsable régionaux se sont succédés, le lien avec LEJS s'est distendu, Jeannie Aladenise, notre efficace secrétaire (pour les éclés de la région Paris-Île de France) durant de longues années, a pris sa retraite, et a continué un petit bout de chemin avec LEJS… Le choix a été pris par LEJS de poursuivre avec les éclés de Compiègne…

J'ai eu beaucoup de chance de croiser le groupe éclaireurs Saint Jacques et LEJS sur mon parcours Eclés, l'ouverture en particulier lorsque j'ai été invitée à participer aux réunions institutionnelles de LEJS – merci à Brigitte Vazquez pour son accueil. Merci à Catherine Bastide pour sa confiance lors des projets mis en œuvre tout au long de cette dizaine d'années.

 

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1985 François Daubin, responsable national des EEDF

et président de Loisirs Éducatifs…

Quand Catherine et Yvon m’ont demandé d’écrire quelques lignes sur l’association « Loisirs Éducatifs de Jeunes Sourds » les souvenirs sont revenus par bribes. Je me souviens d’avoir présidé l’association pour la période 1985-1991. Et c’est un bon souvenir, car cette présidence a été pour moi enrichissante et même plaisante.

Catherine et Yvon souhaitaient prendre de la distance avec l’association qu’ils avaient créée et, je ne sais pourquoi, ils m’ont demandé de leur succéder. Peut-être en raison de mon parcours chez les Éclaireuses et Éclaireurs de France, plus probablement en raison d’une identité de vue sur l’animation d’un Mouvement et sur un partage de valeurs communes.

Je suis, à cette période, responsable national des EEDF en charge des activités ouvertes et, en particulier, de tout le secteur vacances de l’association. J’ai, de 1972 à 1981, dirigé un service vacances sur Orléans, le service « 15/24 » qui propose des activités basées en partie sur les méthodes du scoutisme à des jeunes adolescents et aussi à des jeunes handicapés mentaux. Je m’intéresse alors aux activités proposées par Loisirs Éducatifs de Jeunes Sourds et c’est presque naturellement que je deviens président de l’association. Ce n’est pas facile compte tenu de mon investissement chez les EEDF, du fait aussi que j’habite loin de Paris (quatre heures de transport par jour) et que, de plus, j’anime, avec mon épouse, un petit groupe local dans mon village, Bouzy la Forêt.

Le challenge est donc de poursuivre l’œuvre entreprise par Catherine et Yvon. Je retiens quatre axes :

- Le premier : faire vivre l’association, garder un Conseil d’administration dynamique, créer du lien avec et entre les animateurs.

- Le second : poursuivre, ce qui avait été une avancée importante, la formation BAFA pour des jeunes sourds.

- Le troisième : organiser des séjours en apportant, du fait de mon expérience, une ouverture sur l’étranger, et aussi trouver des lieux d’intégration pour les jeunes.

- Le quatrième avait pour enjeu l’investissement de l’association : le Fieux dans la Creuse.

Malheureusement je n’ai pas d’archives et c’est de mémoire, avec un risque d’erreurs, que je vais tenter de développer ces quatre points.

La vie de l’association :

Notre Conseil d’administration, composé de personnes sourdes et entendantes, se réunit au siège de l’association dans la bibliothèque de l’Institut rue Saint Jacques et, parfois, au siège des EEDF, 66, Chaussée d’Antin. Plusieurs personnes, comme moi par exemple, ne connaissent pas la langue des signes. Mais je me souviens que, grâce à l’effort de tous pour se comprendre, nous avons toujours pu tenir nos conseils sans la présence d’un interprète. Il y avait, dans la volonté de faire vivre notre association, du respect entre les uns et les autres et une dynamique enrichissante. De notre Conseil quelques noms me reviennent. Je n’ai pas oublié Brigitte Vazquez et son mari José, engagé lui dans le sport, Martine Rio, Louis Clerget, Eliane Rousseau qui avait remplacé son mari, et d’autres dont les noms sont pour moi disparus mais pas les visages.

Une des premières décisions que nous avons prise a été l’embauche d’une personne capable de créer la documentation sur les séjours proposés, gérer les inscriptions, pouvant nous aider dans la mise en place des séjours et le recrutement des animateurs et même participer à la formation. C’est, je me souviens, Anne Rabourdin que nous avons choisie en ne pouvant lui offrir qu’un mi-temps. C’est au 66, chaussée d’Antin, siège des EEDF qu’elle a pu s’installer avec aussi une possibilité d’avoir un lieu de travail sur Orléans au service 15/24 alors dirigé par Pedro Nieto qui, dans une période qui devenait difficile pour les services vacances, le faisait avec brio. La notion d’ouverture avait pour lui du sens et il était pour les groupes EEDF de la région Centre un soutien fidèle et efficace. Il fut aussi un des animateurs de notre relation avec les Éclaireuses et Éclaireurs Polonais. Il avait été éducateur à l’Institut Régional des Jeunes Sourds. Anne, dans des conditions de travail un peu précaires du fait de son mi-temps, a développé de très bons contacts avec les animateurs et elle a été une excellente formatrice. Elle a, de plus, su rapidement se mettre à la langue des signes. Je pense me rappeler que nos finances limitées ont freiné son action.

Les stages de formation BAFA :

Catherine BASTIDE avait initié la formation BAFA pour les jeunes sourds. Anne Rabourdin a repris le flambeau avec, il me semble, l’aide de Martine Rio. Et, dans la continuité, nous avons organisé plusieurs stages. Cette formation était pour les sourds une possibilité d’accès à l’encadrement de séjours d’enfants ou d’ados. Et nous avons formé quelques bons animateurs, je pense, par exemple, à Fabienne Vanderstylen.

Dans cette période, nous avons tenté plusieurs expériences. Une, en particulier, a consisté à faire un stage avec les entendants du service 15/24. Dans ces stages se côtoyaient des animateurs sourds et entendants. Mais je ne pense pas avoir mis en place une traduction systématique trop lourde. Chacun faisait l’effort de comprendre l’autre. Et la formation BAFA pouvait permettre d’encadrer tous les séjours.

Les séjours

J’étais responsable, avec mon épouse, du groupe EEDF de Bouzy La Forêt ; ce dernier devint un lieu favorable pour l’intégration, non pas d’individuels, mais de petits groupes de cinq ou six jeunes sourds. Cela permettait de faire ensemble de nombreuses activités communes et, pour les jeunes, de se retrouver entre malentendants. Cela avait aussi l’intérêt d’interpeller les autres jeunes et, pour certains, essayer d’apprendre quelques signes. Tous faisaient des efforts pour se comprendre.

Nous avons accueilli ainsi des petits groupes dans nos activités de camp. Le premier dont je me souviens fut un séjour en Bretagne, près de Lorient. L’animatrice, je crois Fabienne, sourde elle-même, était une fille sportive et dynamique qui a toujours su trouver sa place dans l’équipe d’animation. Nous avions une activité voile. Fabienne se situait dans les plus « casse cou ». En veillée, le groupe de sourds proposait ses propres jeux, il y avait une bonne émulation entre équipes ce qui était favorable pour tous.

Fabienne, avec son équipe de jeunes, a participé aux séjours de neige organisés par Bouzy. Je me souviens d’un séjour en Slovaquie, où nos animateurs encadraient des petites équipes de cinq ou six jeunes. Nous avions deux jeunes sourds qui débutaient. Le paradoxe fut que Fabienne participa à l’encadrement d’un groupe d’entendants de bon niveau, qui correspondait à sa pratique du ski, et que mon épouse et moi avons pris en charge les débutants. Mais l’apprentissage du ski se fait plus en montrant qu’en parlant ! Le soir, dans un hôtel avec salle de musculation, salle de jeux, en plus à l’étranger, le groupe ne faisait qu’un.

Organisant un séjour d’été au Québec, nous avons emmené un groupe de sourds. Mais là ce groupe encadré par Martine Rio, organisa son propre itinéraire et ses contacts. Nous avons pourtant vécu une aventure peu banale en loupant le vol de départ suite à un billet d’avion mal renseigné. Nous avons pu partir le lendemain sur un vol d’un avion de la Garouda (compagnie indonésienne) ramenant des équipages canadiens dans leur pays : cinquante personnes en rade sur Roissy et un retour pour une nuit sur Orléans avec l’aide du service 15/24 capable de nourrir et héberger tout ce monde ! Une belle émotion pour tous, mais un vol dans un avion avec un nombre de places énorme pour nous, de la boisson à volonté, la visite du poste de pilotage.

Le Fieux

Quel bel investissement ! J’ai séjourné quatre ou cinq fois dans ce lieu magnifique. Dans mon souvenir, un beau bâtiment avec des granges aux volumes importants, avec de belles charpentes offrait, dans un cadre agréable, un lieu merveilleux pour organiser des camps de scoutisme et des activités nature. Nous y avons fait un camp de groupe aux vacances de Toussaint. Un plaisir de trouver en quantité de magnifiques et délicieux champignons. Nous en avons ramené des dizaines de kilos. Je me souviens aussi d’un équipement avant-gardistes, un magnifique meuble pour diminuer le volume des ordures que peut produire un camp. Il avait eu un grand succès auprès des jeunes, tous volontaires pour la cuisine. Élu municipal, je connais l’enjeu des ordures ménagères.

Toutefois les jeunes se lassent aussi d’un séjour dans le même endroit. Il faut varier les destinations. Mais la problématique de tous ces investissements résidait aussi dans notre capacité à investir pour suivre l’avalanche des normes. D’une part nous ne pouvions l’utiliser que quelques jours dans l’année, aux périodes de vacances. Nous n’avions pas assez de recettes pour les travaux. D’autre part les subventions devenaient déjà plus rares.

Nous avons tenté de le maintenir en état en organisant des chantiers. Un souvenir : nous avons eu un premier chantier avec deux amis Polonais très performants (plomberie déjà et carrelage). Nous avions avec le service 15/24 de nombreux contacts avec les Éclaireurs Polonais. C’est Pedro Nieto qui fut l’animateur de cette aventure. J’ai fait un second chantier en amenant de Bouzy la Forêt un retraité et sa femme pour huit jours de travaux. Ce fut pour eux, un grand voyage, ils n’avaient jamais quitté le village et des années après ils me reparlaient avec émotion de notre séjour. Durant la période où j’ai participé à la vie de l’association, le Fieux est resté un lieu de camp et de stage.

Je disais en début de ce petit texte le plaisir que j’avais eu à présider notre association. J’ai maintenant envie de revoir celles et ceux avec qui nous avons partagé cette aventure humaine.

 

François Daubin

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François a été également « délégué général » des EEDF de 1987 à 1990.

 

1986 : Quelques souvenirs de Martine Rio – de Langhe

Ma première rencontre avec la communauté des sourds date de l’année 1980-1981 où j’ai effectué un stage de quelques mois au Cours Monet à Paris dans le cadre des études d’éducatrice spécialisée. Ce stage se déroulait en classe sous la responsabilité d’un enseignant sourd communiquant en langue des signes avec des élèves âgés de 7 à 10 ans.

Après un emploi dans un foyer de l’Aide Sociale, je suis entrée à l’INJS de Paris en mars 1983, j’étais alors éducatrice diplômée et travaillait en classe. En février 1989, j’ai obtenu un diplôme d’enseignement auprès des jeunes sourds.

Dès l’âge de 16 ans j’ai commencé à travailler dans les centres de loisirs, puis les colonies de vacances et les camps avec des jeunes cas sociaux. Avec l’obtention du BAFD, j’ai assuré la responsabilité de directrice de centre de loisirs le mercredi à Fontenay sous Bois pendant 3 ans, puis tout naturellement j’ai intégré en 1986 LEJS avec un premier camp au FIEUX.

Ce n’est qu’en 1997 en quittant Paris pour m’installer à Bordeaux que j’ai arrêté les activités de loisirs avec LEJS : 8 camps d’été, dont 2 en Espagne (Andalousie) et 1 au Québec, 3 camps d’hiver, dont 1 en Slovaquie, 2 voyages avec des responsables de LEJS (Pologne et Guyane), 1 voyage de préparation au Québec avec des responsables EEDF et 6 stages BAFA.

LEJS m’a fait confiance et grâce à un début de maîtrise de la langue des signes, j’ai réussi, lors de chaque camp, à constituer des équipes d’animateurs sourds au 2/3. Une très riche expérience qui m’a permis de côtoyer de nombreux sourds, et entendants, d’enrichir mes connaissances sur la communauté des sourds, de développer largement mon niveau de compétences en LSF, de poser un regard positif sur les enfants sourds et les adultes qu’ils deviennent et ainsi améliorer mes compétences pédagogiques. Grâce à cette expérience, j’ai noué des liens d’amitié avec de nombreuses personnes sourdes et entendantes en France et au Québec.

Avec un résumé de ses participations aux activités, très significatif d’un engagement sur dix ans :

CAMPS D’ÉTÉ

1986    Le Fieux

1987    St Sorlin d’Arves (Alpes)

1988    le Fieux

1989    Kervarsennec + EEDF François Daubin

1990    Andalousie (minibus 7 jeunes)

1991    Andalousie (minibus 7 jeunes)

1992    Québec (4 semaines) voyage avion A/R avec EEDF François Daubin

1993    Le Fieux

CAMPS d’HIVER

1989    Gérardmer

1991    Vallouise avec François DAUBIN

1993    Slovaquie avec EEDF F. DAUBIN

CAMPS de RESPONSABLES

1988    Pologne

1992    Québec avec des responsables EEDF de différentes villes de France

1996    Guyane

Stages BAFA

1987  Le Fieux

1988  Arzal (Morbihan)

1989  le Fieux

1990   Morvan

1992   Le Fieux ou Morvan

1993  Morvan

Week-ends de préparation du Fieux (Pont de l’Ascension) : 1986, 1988, 1993 – et séjours de rangement, petites rénovations du Fieux avec ma famille.

C’est Olivier De Langhe, époux de Martine Rio, qui a, pendant de nombreuses années, illustré les « plaquettes » présentant nos activités. Il est l’auteur de l’affiche de nos anniversaires.

 

 

1989 : Bruno Verrechia : comment devenir comptable

Lors de la scolarisation de mon fils à l’institut de l’Abbé de l’Épée, l’association Loisirs Éducatifs de Jeunes Sourds organisait des camps de vacances d’été et de neige.Mon fils et ma fille ont participé à la sortie neige de 1988 organisée par Martine Rio. Puis j’ai assisté aux réunions d’informations et de compte rendu des camps.

Naturellement, j’ai assisté au C.A. de l’association. Le poste de trésorier était à pourvoir et j’ai été sollicité pour fournir quelques heures de mon temps. Je dois avouer que l’informatique a grandement assoupli et soulagé ma tache de contrôle des comptes. Le point le plus contraignant résidait dans la saisie rigoureuse des dépenses et recettes. Ce poste m’a aussi permis de participer à l’aventure d’une association et de vivre de l’extérieur la vie, l’organisation et les problèmes auxquels sont confrontés les organisateurs et directeurs des camps de vacances.

Bruno est, depuis 1988, trésorier de l’association

 

1990 : Guylaine Paris

J’ai donné vingt ans à cette petite association dont la philosophie m’a tout de suite emballée ! Elle favorisait la responsabilisation des Sourds et mettait en œuvre sur le terrain ce qu’elle prônait en parole grâce aux formations d’animateurs et directeurs de colonies. Les Sourds y avaient leur place, une entière responsabilité leur était donnée, tout cela dans le respect de leur langue et de leur culture.

Vingt ans de bons souvenirs et de franches rigolades en séjours BAFA ou en colo…

Guylaine Paris été la responsable des stages BAFA en L.S.F. pendant de nombreuses années…

    

1994 : Les souvenirs de Sylvie Hatte

L’association Loisirs Educatifs Jeunes Sourds

J’ai commencé à m’investir dans l’association en étant animatrice, puis directrice, puis formatrice BAFA et organisatrice de séjours (dans la mesure où mon activité professionnelle ne me permettait plus de partir sur le terrain) et en devenant adjointe du trésorier. Ces expériences saisonnières m’ont amené à travailler dans le domaine de la surdité où j’ai travaillé comme éducatrice spécialisée. Aujourd’hui, je travaille comme animatrice au sein d’une résidence seniors.

Mes premiers contacts avec le milieu de la surdité

Ils se sont créés à l’école Charlotte Blouin d’Angers, spécialisée dans l’accueil des enfants sourds, dans le cadre d’un stage découverte de la licence de Science de l’Éducation (15 jours). Pourquoi ce milieu ? Il s’agissait d’un stage de découverte et à l’époque l’image que j’avais du monde des sourds était construite avec la base de l’émission « l’œil et la main » et des souvenirs d’enfance où je jouais avec ma sœur à « mes mains ont la parole »… j’avais envie d’approcher d’un peu plus près les méthodes pédagogiques spécifiques… et cette même année j’ai eu l’opportunité d’encadrer comme animatrice une colonie d’enfants sourds.

Pour ma part, je connaissais très peu de signes quand j’ai commencé à être animatrice… La complicité entre animateurs sourds et entendants m’a permis peu à peu de comprendre et d’être comprise – tous les moyens pour pallier la langue étaient bons pour communiquer avec les enfants et les adultes : mes idées de jeux, les points d’organisation de la colonie : les expressions de visage, le papier/crayon, le mime… vraiment, il y avait des soirées où mes yeux explosaient de signes !

Il n’y a pas de recette miracle, cela dépend des personnes en présence et entre autre du respect que l’on a les uns pour les autres. Il suffit d’observer autour de nous pour remarquer que les entendants entre eux et que les sourds entre eux n’arrivent pas toujours à « s’entendre » malgré leur langue commune : ceci pour des raisons diverses et variées, les personnes se sentent plus ou moins concernées ou ne veulent pas parler… Toutefois, je pense que mon expérience n’est pas un modèle à prendre, communiquer en langue des signes permet d’établir facilement une communication, des relations avec les enfants, les ados et les animateurs et réagir plus facilement à leurs demandes. Si j’avais eu l’aisance financière pour me payer des stages de formation, j’aurai sans doute commencé par là ! Je veux tout simplement montrer que ce n’est pas impossible de communiquer avec des sourds quand nous avons le même projet. Et le fait d’élargir les moyens de communication facilite les échanges entre les jeunes et les animateurs. Je conseille vivement aux personnes entendantes voulant devenir animateur ou voulant travailler dans des colonies accueillant des enfants sourds de s’initier à la langue des signes…

Les séjours

J’ai commencé à encadrer des colonies accueillant des enfants sourds comme animatrice (1994) puis comme responsable de séjours (1995 à 2003) un mois chaque été avec l’association Loisirs Éducatifs de Jeunes sourds qui était liée à l’association des Éclaireurs et Éclaireuses de France pour l’organisation des séjours. Le reste du temps, j’encadrais des camps et CLSH classique pour des enfants et adolescents entendants.

Pour tous les séjours que j’ai encadrés, l’équipe était composée de sourds. Ceux-ci avaient les mêmes fonctions et rôles qu’un animateur entendant. Pour les enfants vivant en internat, j’ai pu remarquer que ces séjours constituaient une rupture, un changement d’habitudes, de rythmes de vie. Les activités de loisirs (randonnées, activités scientifiques, artistiques…) étaient des moments favorisant la rencontre et des regards différents entre jeunes sourds et jeunes entendants et sourds.

Je pense que le regard non thérapeutique, non spécialiste des animateurs sourds et entendants, hors contexte médical ou scolaire permettait à l’enfant, à l’adolescent sourd ou entendant de garder l’image d’adultes sourds et d’adultes entendants travaillant ensemble, prenant les mêmes responsabilités avec parfois des moyens différents. Je pense qu’ainsi, nous apportions une image structurante et positive rassurant l’enfant ou l’adolescent, le rendant ainsi plus fort pour dépasser les difficultés de communication liées à la surdité.

J’accordai une attention particulière à la constitution de l’équipe pour que celle-ci soit mixte (équilibre animateur et entendant pratiquant la langue des signes ou du moins ayant les aptitudes à communiquer par des gestes et à se faire comprendre par l’action…). À mon avis, la langue des signes n’est pas obligatoire pour être animateur mais elle est fortement conseillée. En effet, la relation s’instaure si l’on utilise la même langue, le même code. S’il n’y a pas de code, il est nécessaire de le créer pour qu’une relation s’instaure. Le but étant de réussir à dépasser les obstacles et les difficultés liées à la communication. (Il ne faut pas croire que trois semaines suffisent pour apprendre la LSF). La communication des sourds peut paraître étrange. Les manières d’appeler, les sons émis par les sourds pour oraliser, l’expression du visage, du corps sont des éléments surprenants quand on n’a pas l’habitude de côtoyer des sourds… une question d’adaptation et de préparation…

Avant la colonie, un travail se faisait sur la communication aussi bien pour les sourds que les entendants. Nous travaillions pour le même projet et les mêmes objectifs qui concouraient à la mise en place de vacances où le jeune sourd puisse se sentir bien et être compris… Pour cela nous réfléchissions sur notre conception de l’éducation et nous travaillions sur le rôle d’animateur ; ce qui permettait de bien nous connaitre et d’apporter aux enfants et aux adolescents des réponses cohérentes…

Ainsi, je ne vois pas de réelles différentes entre les activités pour les enfants sourds et entendants si ce n’est que le canal de communication qui change (beaucoup de repères visuels sont mis en place : des plannings d’activités avec photos des lieux et des animateurs, des menus illustrés...) et la limite physique de la surdité qui engage la mise en place de règles de sécurité avec les enfants afin de les responsabiliser – tout comme avec des enfants entendants. L’enfant doit prévenir l’adulte quand il sort de la salle et vice-versa ; délimitation des différents espaces… Sans vouloir surprotéger l’enfant, la disparition de l’animateur peut inquiéter l’enfant ; de même qu’un animateur peut passer parfois un long moment à chercher un enfant tranquillement installé dans le coin bibliothèque ; si nous sentions que l’enfant est capable de tenir une scie et d’allumer un feu de camp, nous le laissions et nous intervenions le cas échéant…

La formation des responsables, des animateurs

J’ai encadré des formations BAFA (Base et perfectionnement) d’abord en tant que cuisinière, formatrice, puis directrice de formation. Ces stages, bien que destinés à un public sourd, poursuivent les mêmes objectifs que s’il s’agissait d’un public entendant. La seule adaptation est la langue des signes. La surdité des stagiaires peut être mise en avant sur certains aspects de la vie quotidienne ou de la sécurité en centre de vacances, le but étant qu’ils comprennent qu’en aucun cas leur surdité les déchargera d’une quelconque responsabilité.

Au cours de ces années, j’ai pu voir une évolution générale dans le domaine des loisirs : l’accueil en centre de vacances (appelé couramment colonie) a diminué, aussi bien pour les enfants et adolescents entendants que pour les jeunes sourds. Je dirais que ce phénomène est d’autant plus remarquable que les accueils en centre de vacances pour les jeunes sourds, de cette forme, n’étaient déjà pas nombreux. Des camps organisés ont peu à peu disparu faute d’inscriptions et de responsables (BAFD), restreignant ainsi le choix des thématiques des séjours et des modalités d’accueil. Une grande différence à noter : nous rencontrions quelques difficultés à recruter les personnes (sourdes ou pratiquant la LSF) pour assurer l’économat, la cuisine, l’infirmerie et même directeur… surtout dans les dernières années. En effet, les critères sont assez exigeants : être motivé et compétent pour suivre une formation, et ce dans un cadre bénévole.

 

1996 : Le témoignage de Kamel Ben Kahia (entretiens et questionnaire)

Kamel, tu fais partie du Conseil d’administration de L.E.J.S., tu encadres des stages et tu diriges des séjours. Comment es-tu arrivé aux « commandes » de notre association ?

Tout d’abord, qui es-tu ? Kamel BEN KAHIA

- Tu es né… en 1977 à Bondy (93)

- Tu as été scolarisé en milieu spécialisé ou en intégration ? En milieu spécialisé de la maternelle au lycée puis en intégration pour le BAC. 

- Quels sont tes diplômes ? BAC technologique, BAFA, BAFD et Licence professionnelle en milieu scolaire de l'enseignement en LSF (Bac + 3).

- Actuellement, tu es étudiant. Où ? Dans quel but ? Actuellement, je suis éducateur scolaire et enseignant de LSF à l'école des 2 Parcs (Champs Sur Marne) enseignement Bilingue Laurent Clerc. 

- Comment as-tu connu les EEDF et L.E.J.S. ? As-tu fait des séjours comme participant ? Où ? Quand ?  J'étais adolescent en colonie avec l'association LEJS : c'est là que j'ai appris que la formation existait pour former des animateurs… J'ai débuté en stage général de BAFA avec les stagiaires sourds en 1996, puis en stage pratique la même année à Anost avec la directrice Guylaine Paris et Gaëlle Le Cerf, responsable de l'équipe des animateurs, et enfin en stage d'approfondissement en 1997 pour terminer le BAFA. J'étais également animateur trois fois aux Fieux et à Anost. En 2009, J'ai suivi un stage BAFD, organisé par les EEDF, en intégration avec deux autres stagiaires sourds. On a bénéficié de trois interprètes bénévoles. Et puis, en 2010, j’ai fait le stage d'approfondissement BAFD avec ce même principe de formation en intégration.

Tu participes à l’encadrement des séjours : depuis combien de temps ? Où ? Quand ? J'ai été directeur stagiaire en 2009  (juillet) à Pradelles en accueillant les enfants de 6 à 12 ans, entendants et sourds, pour trois semaines. Je suis également parti à l’aventure avec les ados sourds en Espagne et à Argelès Sur Mer en 2010 (juillet). Enfin, en 2012 (juillet), à Piriac sur Mer, j'ai accueilli les enfants sourds de 6 à 12 ans.

Tu participes aussi à l’encadrement des stages ? de base ? de perfectionnement ? Oui, j'ai été formateur pour la première fois en 2008 (avril), puis les années suivantes sauf 2011, 2012 et 2013. En février 2014, je suis de retour en accueillant 19 stagiaires au centre EEDF de Morbecque, dans le nord de la France).

Quelques mots sur l’ambiance de ces séjours, de ces stages ? Tes meilleurs souvenirs ?   Tout ce que j'ai vécu à travers mon adolescence, mes postes d'animateur et enfin les postes de directeur grâce à l'association LEJS : mon but est de favoriser les jeunes vers l'autonomie et l'épanouissement. Et surtout, maintenir la communauté sourde et le développement de l'éducation en LSF dans le but de rendre l'accessibilité aux jeunes comme citoyens ! J'aime partager les expériences avec les futurs animateurs et leur donner de la richesse d'animation. Ma motivation va plus loin comme les quatre roues à bicyclette ! 

1996 : Le témoignage d’Aurélie Crozat- Thauroux (questionnaire)

Aurélie, tu as fait partie du Conseil d’administration de L.E.J.S., tu en as encadré des stages et tu as dirigé des séjours. Comment es-tu arrivée aux « commandes » de notre association ?

Tout d’abord, qui es-tu ?

- Tu es née… le 5 juin 1978

- Tu as été scolarisée en milieu spécialisé ou en intégration ? les deux !

- Quels sont tes diplômes ? Brevet du Collège, BAC technologique, Certificat d'étude supérieur d'architecture d'Intérieur (BAC+3), Licence Pro (enseignement de LSF au milieu scolaire : BAC+3) et au Master 1 en sciences d'éducation (BAC+4) en cours.

- Actuellement, tu es professeur des écoles. Où ? Qui sont tes élèves ? À Massy (91), école maternelle, classe LSF en inclusion donc dans l'école ordinaire, mes élèves sont en PS et en GS.

Comment as-tu connu les éclaireurs et L.E.J.S. ? Grâce aux informations sur la surdité (ANPEDA), ensuite Guylaine PARIS m'a encouragée à y participer pour devenir l'animatrice

- As-tu fait des séjours comme participante ? Où ? Quand ? Je n'y étais jamais allée, en tant qu'enfant ou adolescente,

- As-tu fait ta formation avec EEDF/LEJS, en stage spécialisé ou en intégration ? Avec qui ? J'avais effectué la formation, en stage « signant », (il ne s'agit pas du stage « spécialisé » !) avec des formatrices formidables signant comme Guylaine Paris, Gaëlle Le Cerf… en avril 1996.

Tu as participé à l’encadrement des séjours : pendant combien de temps ? Où ? Quand ? À côté de Limoges, au Fieux où j'ai travaillé tous les ans pendant l'été (août 1996 - août 2003). Ensuite plusieurs séjours différents dans toute la France en juillet et en août (2003-2007) et également pendant les périodes d'hiver (2004 et 2005), en tant qu'animatrice, responsable pédagogique et directrice-stagiaire.

Quelques mots sur l’ambiance de ces séjours, de ces stages ? Tes meilleurs souvenirs ?

Mes souvenirs sont difficiles à expliquer !

Une chose à dire : l'équipe de formateurs était bien équilibrée : entendants et sourds signants, ils étaient très unis : bonne équipe ! Former les jeunes stagiaires sourds dans la formation uniquement LSF… C'était une expérience enrichissante !

Un très bon souvenir : le « cinquième repas », la chanson : « Mais Minou revient demain, Mais Minou revient toujours vivant » C'était notre chanson préférée ! On avait fait du feu dans la nature, le camp dans la nature avec des jeunes adolescents, on avait beaucoup de choses apprises dans la vie de la nature. On avait beaucoup apprécié !

Bons souvenirs : le Fieux, il est bien dommage qu'il ait été vendu !

J'étais également formatrice de BAFA, j'avais commencé de travailler en 1999 (jusqu'à 2010).

J'étais heureuse de travailler avec Myriam Alem, Kamel Ben Kahia, Sylvie Hatte, sa sœur jumelle Valérie, Sid-Ahmed Nouar, Audrey Albot, Juliette Lavaux, Jocelyne Camiul, Marie-Madeleine Bègue, Sigrit Steupaert, sans oublier Guylaine Paris et Gaëlle Le Cerf, François Giraud…

 

1996 : Yvon Bastide : un sympathique séjour en Guyane

L’idée de base : réunir les cadres des séjours et des stages pour une rencontre « décontractée », amicale, sans contraintes. Mon activité professionnelle m’ayant appris à connaître un peu la Guyane, j’ai proposé d’y organiser un séjour, avec l’aide de quelques amis du Centre spatial et d’Arianespace. Le choix des dates a été un peu difficile, car il fallait assurer d’abord les séjours programmés, et c’est finalement le 22 août que nous prenons l’avion pour Cayenne.

Pour la première partie du séjour, nous sommes hébergés par un centre de loisirs de la Fédération des Œuvres Laïques en banlieue de Cayenne, au bord de la plage. À notre arrivée, les enfants sont encore là, et nous pouvons faire connaissance avec les Guyanais grâce à quelques jeux en commun. Le lendemain, départ avec des voitures de location pour une promenade sur la « crique Gabriel » : nous embarquons sur deux pirogues avec un accompagnateur qui nous présente la nature environnante, les arbres, les papillons, les oiseaux, les fruits, les courants… et Guylaine Paris, debout à l’avant, assure la traduction en signes. Coup de chance : une équipe de la télévision locale, R.F.O., est sur place, le groupe qu’elle attendait n’est pas venu, elle nous demande si elle peut nous accompagner… et filme la promenade. Nous aurons droit à une longue séquence au journal télévisé du soir, et on nous gardera l’ensemble des enregistrements… Cette rencontre imprévue aura des conséquence pour la suite : tout au long du reste du séjour, nous serons repérés ! Événement à noter aussi pour la découverte du pays : un petit arrêt nous permet de faire la connaissance du « tipunch » guyanais, dégusté à bord de nos pirogues…

Deuxième étape, départ vers la petite ville de Régina ; au passage, nous nous arrêtons à Cacao, village créé par des « Monghs » venus d’Indochine et qui ont conservé leurs habitudes et leurs productions. À Régina, nous embarquons pour rejoindre, après trois heures de pirogue, un « camp » sur le fleuve Approuague : nouvelle expérience intéressante, nous allons coucher dans des hamacs ! Promenades à pied dans la forêt équatoriale, travaux manuels avec les produits locaux, balade sur le fleuve à la nuit tombée pour apercevoir – de loin – singes, caïmans et serpents. Et, bien entendu, tipunchs… Nous commençons à apprécier ce pays !

Troisième étape, Kourou, le centre spatial, les îles du Salut… Visite du centre spatial, accueil par la direction d’Arianespace (qui finance notre passage aux îles du Salut). Sur les îles Royale et Saint-Joseph, visite du musée et des installations du bagne ; nous passons au large du l’île du Diable qui a « accueilli » Dreyfus. Les singes, les agoutis et quelques iguanes nous accompagnent… Grâce à l’intervention d’un ami, responsable au Centre spatial, c’est une barge (bateau à fond plat) de la Légion qui nous ramène – en vingt minutes au lieu de quarante – plutôt trempés mais ravis de cette aventure.

 

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Départ vers Saint-Laurent du Maroni avec arrêt à l’église d’Iracoubo, magnifiquement décorée par les soins d’un bagnard faux-monnayeur mais artiste. Quatrième étape, Saint-Laurent et Mana : nous sommes accueillis par la confrérie des sœurs de Javouhey qui nous loge dans les locaux de l’internat, non utilisé pendant les vacances. Visite du « camp de la transportation » puis, à la nuit tombée, rencontre avec les tortues luth venues pondre sur la plage des Hattes à Awala Yalimapo. Difficile de photographier ou de filmer car il est recommandé de ne pas les déranger avec des flashes, mais il est très impressionnant de voir ces grosses masses se traîner péniblement sur le sable pour venir creuser un trou un peu plus haut et y déposer leurs œufs avant de repartir tout aussi péniblement.

Dernière étape, retour vers Cayenne pour une dernière promenade – en pirogue, nous commençons à avoir l’habitude – sur le marais de Kaw et une dernière visite de la ville. Beau séjour à 25 participants, financé en grattant les fonds de tiroirs, mais qui restera dans les mémoires !

 

 

1997 : en mars 2014, Cécile Nicol répond à quelques questions

Je suis née le 30 juin 1978 à Lyon. J’ai été scolarisée dans une école OVE, école spécialisée, puis en intégration à Lyon où je ne me suis pas plu… J’ai obtenu le brevet des collèges, le B.E.P. sanitaire et social, le bac SMS, le DPCU de premier cycle et le SURDUS (bac + deux ans). J’ai préparé mon bac à Argenteuil, nous étions six dans la classe et les interprètes intervenaient tous les jours.

C’est à Argenteuil que j’ai connu les EEDF par Kamel et Aurélie en 1997. Je ne savais pas qu’il y avait un groupe spécialisé pour les sourds, j’ai préparé le BAFA à Lyon en intégration, j’ai fait la session de formation générale BAFD et le premier stage pratique avec les EEDF de Picardie. J’ai fait aussi, avec eux, un stage de formation de formateurs. C’est avec les CEMEA de ma région, avec l’aide d’un interface recruté par eux, que j’ai pu faire la session de perfectionnement. Il me reste à faire le deuxième stage pratique et la rédaction du bilan de formation pour être diplômée. J’ai encadré plusieurs séjours et plusieurs stages BAFA, toujours avec le service vacances EEDF de Compiègne.

Tous les mercredis, j’anime un atelier théâtre à l’I.R.J.S. de Bourg en Bresse. J’aimerais continuer dans l’animation car ces jeunes on vraiment besoin d’apprendre et d’échanger. Je suis très motivée pour continuer. C’est pourquoi je me suis présentée au Conseil d’administration de L.E.J.S.

 

1997 et la suite : Quelques souvenirs de Juliette Bardel-Lavaux

Formidables camps été avec les ados : que des activités sportives à frissons : plongée sous-marine, canyoning, accrobranches, escalade, rafting, randos, avec des activités immanquables : concours de cuisine, JO, veillées…

Illustrations :

-   97 : Carry le Rouet : sortie plongée sous-marine

-   98 : Autrans : canyoning

-   98 : Savines le lac : le concours de cuisine

-   98 : Savines le lac : le camp de base

-   99 : Savines le lac : la fine équipe (Daniel, Juliette, Aurélie, Stéphane)

 

2001: Jean-Pierre Gobaux, responsable du service vacances de Compiègne.

C’est en août 2001 que Catherine Bastide, sur la suggestion de Jean-Pierre Lavabre, membre de l’équipe nationale E.E.D.F., est venue me solliciter en tant que responsable du service vacances de Compiègne pour reprendre l’organisation des séjours d’été précédemment organisés par une équipe bénévole de l’association Loisirs Éducatifs de Jeunes Sourds. C’est très volontiers que j’ai accepté cette mission qui venait compléter les séjours que j’organisais déjà, essentiellement en direction de jeunes en difficulté sociale (suivis par des assistantes sociales et éducateurs, enfants et adolescents placés en maisons d’enfants…)

J’ai fait connaissance avec les membres de l’association LEJS et de quelques directeurs et animateurs lors d’une réunion en septembre 2001 consacrée au bilan des séjours de l’été. Ce fut pour moi une grande découverte, tant par le nombre de personnes présentes que par leur engagement pour organiser des stages de formation et des camps pour jeunes sourds, mais aussi de me confronter, pour la première fois, à des adultes sourds et à la présence d’interprètes qui traduisaient les débats. J’ai senti ce jour-là que j’étais vraiment accueilli par tous, signe de la nécessité de voir perdurer cette activité qui faisait la réputation de nos deux associations très liées par une histoire commune : LEJS et EEDF.

Les premières actions mises en place à partir, en particulier, de l’expérience de Jeannie Aladenise qui s’occupait des inscriptions et des différentes directrices de séjour pour faire le point avec elles, m’imprégner de leurs pratiques et prendre en charge tant la partie administrative (publicité, inscriptions, développement du nombre de jeunes accueillis, encaissement de bons-vacances et de bourses diverses, facturation et relances…) que la partie pédagogique (création et préparation des séjours, déclarations d’ouverture, recrutement et réunions des directeurs et animateurs, préparation du matériel, réservation de voyages, de campings ou lieux d’accueil, d’activités, de véhicules…). Il nous a paru indispensable de transférer et de compléter les fichiers répertoriant tous les anciens participants, les établissements scolaires et autres accueillant des sourds, les services sociaux habitués à inscrire des participants ainsi que toutes les associations de sourds. Ce fut un long travail nécessaire pour assurer une plus grande diffusion de nos séjours.

Avec les directeurs, nous avons travaillé sur l’organisation des séjours pour l’été suivant en commençant à repenser le fonctionnement pour nous mettre en règle par rapport à la réglementation (salaires des directeurs et animateurs, contrats de travail, déclarations sociales…) mais aussi en améliorant certaines pratiques (affectation d’un minibus par séjour au lieu de l’utilisation des véhicules personnels dont seuls les frais de carburant étaient pris en charge, mais permettait aussi de réduire les importantes factures de cars qui limitaient les déplacements ou de prévoir des transferts pour des petits groupes par exemple). Compte tenu des surcoûts engendrés par cette mise à niveau et qui étaient à répercuter sur le prix des séjours, ceci n’a pu se faire qu’avec un étalement sur plusieurs années. De même que le coût des frais administratifs, désormais suivis par des permanents salariés, a également été étalé sur quelques années supplémentaires, le service vacances de Compiègne étant en capacité d’en assumer temporairement la charge.

 

Durant les six années qui ont précédé mon départ en retraite, des séjours d’enfants ou adolescents sourds au Fieux (Creuse) en août 2002 et 2003, à Bécours (Aveyron) en août 2002 et 2003, à Termignon la Vanoise (Savoie) en juillet 2002, dans les Pyrénées ariégeoises (Ariège) en juillet 2002, à Villefort (Lozère) en juillet 2003, à Berrias et Castejau (Ardèche) en juillet 2003, au Luc en Provence (Var) en juillet et août 2004, et juillet 2005, dans la région de Font Romeu (Pyrénées orientales) en août 2005 et juillet 2007, sur les Côtes vendéennes (Vendée) en août 2007. Des séjours mixtes accueillant des sourds et des entendants ont été proposés en Corse en 2002 avec les EEDF de Sèvres, à Argelès sur mer (Pyrénées orientales) en août 2005 et juillet et août 2007, à Pradelles (Lozère) en juillet et août 2006, à Piriac (Loire atlantique) en 2007. On notera aussi la proposition de séjours de neige au Ballon d’Alsace en décembre 2004, 2005, 2006 et 2007 ainsi qu’un petit séjour d’adultes à Seez-Les Arcs (Savoie) en 2005.

Comme les années précédentes, les jeunes sourds se sont vu proposer chaque année des lieux différents dans les Alpes et les Pyrénées, à la mer Méditerranée ou l’océan Atlantique, dans le Massif Central, au ski sur les pistes vosgiennes… ce qui permettait, non seulement de fidéliser les sourds avec des propositions différentes, mais aussi de leur faire découvrir de nouveaux lieux choisis parmi les plus beaux de France mais aussi de nouvelles activités, ce qui correspondait plus à la demande.

Avec mes collègues de Compiègne, c’est avec beaucoup d’attention que nous nous sommes adaptés à ce public différent. Ainsi nous avons découvert que le minitel pouvait aussi servir à s’écrire (comme nous l’avons fait plus tard avec MSN et aujourd’hui par échanges de mails), que Frédéric Mercier a suivi, deux ans durant des cours du soir de langue des signes afin de pouvoir communiquer directement avec des jeunes et des animateurs même si son vocabulaire n’était encore que basique. Il nous a fallu nous familiariser à travailler avec des directeurs et animateurs sourds, ce qui ne fut pas une mince affaire surtout dans des cas parfois difficiles. Recruter des animateurs signants n’était pas non plus évident quant il s’agissait d’évaluer leurs capacités à distance et refuser ceux qui croyaient qu’en encadrant un de nos camps ils allaient apprendre la langue des signes française, sans se soucier de l’impossibilité pour eux de communiquer avec les enfants et les jeunes qui allaient leur être confiés ni de se coordonner avec certains de leurs collègues sourds.

Ne signant pas moi-même, travailler avec des directeurs sourds n’était pas toujours facile surtout lorsqu’il s’agissait d’aborder avec eux nos exigences pédagogiques et administratives ou les aspects réglementation. Parfois, expliquer que le contenu et le programme du séjour devaient être respectés, ou faire avec certains un bilan pédagogique et financier nécessitait un peu de bonne volonté de part et d’autre et beaucoup de temps, mais nous y sommes parvenus dans la plupart des cas. Régler les inévitables problèmes entre animateurs et directeurs sourds et animateurs et directeurs entendants était aussi quelque chose de récurrent chaque année tant les exigences et manière de vivre des uns et des autres relevaient de cultures différentes.

Je garde aussi en souvenir d’avoir eu à annoncer à Cédric Rochedreux, un ado sourd venu plusieurs années dans nos séjours, le décès de sa mère au cours de son séjour itinérant à Font Romeu. C’est déjà difficile à aborder avec d’autres jeunes, mais là j’ai jugé important pour lui que je me déplace personnellement pour lui annoncer cette mauvaise nouvelle et organiser son retour pour les obsèques. Le réconforter en pleurs dans mes bras est un souvenir inoubliable.

Pour terminer, je ne puis passer sous silence les satisfactions que j’ai pu éprouver quand j’ai visité certains camps accueillant des sourds et des entendants lorsque j’ai vu combien ces deux publics, forts de leurs différences, arrivaient à vivre ensemble et à s’apprécier. Je n’oublie pas non plus le soutien des membres de Loisirs Éducatifs qui étaient toujours là pour nous aider, non seulement à financer des stages pour des animateurs et directeurs, des interprètes pour les stages des directeurs sourds, pour attribuer des bourses à des jeunes dont les familles n’arrivaient pas toujours à solder leurs frais de séjour, mais aussi pour contrôler de loin – et sans s’immiscer – la préparation et le déroulement des séjours. Je n’oublie pas non plus le soutien des membres du Conseil d’administration de la Société Centrale qui ont toujours su répondre à nos sollicitations.

Je dis toujours que si l’une des valeurs de l’association des EEDF est la solidarité, le regroupement des activités du service vacances EEDF de Compiègne et celles des Loisirs Éducatifs de Jeunes Sourds a permis à de nombreux jeunes et adultes de la vivre au quotidien dans des séjours, des stages, des activités ou réunions communes. Chacun a pu s’enrichir de la différence de l’autre et renforcer des liens, c’est ma principale satisfaction.

Je garde de ces six années où j’étais en responsabilité pour les séjours de jeunes sourds de nombreux souvenirs qui m’ont profondément marqué et une satisfaction globale sur ce que j’ai pu initier et que mes successeurs ont pu continuer lorsque mon départ en retraite a sonné à la fin de l’été 2007.

 

Jean-Pierre Gobaux

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